Les Notices de l'Entente des Eglises Evangéliques Libres de Strasbourg

E.E.E.L.C.U.S - E.R.N.R.
Des catholiques et des évangéliques se questionnent mutuellement
Notice D. Pour mieux se connaître. Edition 2005

"Evangéliques ou évangélistes ?
Eglises de professants - Eglises de multitude ? Anabaptisme ?
Congrégationalisme ? Fondamentalisme ?

Les Evangéliques viennent tous des U.S.A. ?
Eglises libres / librisme ?"

A propos des "évangéliques", de nombreux termes et expressions véhiculés sont méconnus, souvent mal compris, parfois utilisés à tort, tant dans certains média que par des membres d'autres traditions chrétiennes. Nous avons donc demandé à des évangéliques des éléments de clarification concernant la signification de certains de ces termes.

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Evangéliques ou évangélistes ?

L'adjectif "évangélique" se réfère à l'Evangile ("Bonne Nouvelle") de Jésus-Christ. Ce terme caractérise également une partie du protestantisme qui reçoit la Bible comme étant pleinement parole de Dieu.

Le substantif "évangéliste" désigne les auteurs des quatre évangiles. Il qualifie aussi une personne exerçant un ministère (souvent itinérant), qui a le don et la mission de communiquer l'Evangile aux incroyants et de les appeler à la conversion.

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Eglises de professants / Eglises de multitude ?

Le terme "professant" est tout à fait semblable à "confessant". Il se rapproche aussi de celui de "protestant" dans son sens originel et positif : qui témoigne ouvertement de sa foi et la manifeste par sa façon d'être. Deux composantes essentielles peuvent définir l'identité des Evangéliques : la Bible, Parole de Dieu, est reconnue comme autorité souveraine en matière de foi et de vie ; et : on ne naît pas chrétien, mais on le devient par un acte de foi personnel en Jésus-Christ, mort et ressuscité pour nous.

La conséquence au plan de la conception de l'Eglise est importante : l'Eglise, quelle que soit sa forme, n'est composée que de chrétiens pouvant confesser sciemment et volontairement cette foi vécue. S'il y a eu conversion, nouvelle naissance par la grâce de l'Esprit Saint, il est attendu des membres d'une Eglise de "confessants" qu'ils en montrent les fruits par leur conduite et leur engagement. De ce fait le rapport au monde d'une Eglise de "professants" se caractérise par une frontière nette, en "rupture", non par volonté de séparation, mais du fait de l'appartenance par adhésion volontaire à une communauté de croyants. D'où le souci et l'action des Eglises évangéliques de professants, pour l'évangélisation et la mission.

Les Eglises de multitude acceptent comme membres tous ceux et celles qui sont nés en leur sein, croyants ou non, et les considèrent comme chrétiens du moment qu'ils ont été Il existe néanmoins, au sein d'Eglises de multitude (Anglicane, Luthérienne, Réformée,...), des courants évangéliques qui modifient subtilement l'ecclésiologie traditionnelle de ces Eglises.baptisés. L'exigence des convictions et des pratiques, hors des rites (baptême comme enfant, confirmation,...) n'est pas nécessaire. Dès lors la frontière entre l'Eglise et le monde extérieur est assez indéterminée. D'où une approche difficile, voire ambiguë, de l'évangélisation.

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Anabaptisme ?

Ou "re-baptême". Nom donné par ses détracteurs à un mouvement spirituel né dès les débuts de la Réforme du 16ième siècle, souvent appelé "la réforme radicale". Ce mouvement oppose au modèle de l'Eglise multitudiniste dans laquelle on entre par le baptême des enfants, celui de la "communauté des croyants". On en devient membre par le baptême que l'individu responsable demande librement, confessant ainsi publiquement sa foi en Jésus-Christ.

Dans cette perspective, le baptême reçu en tant qu'enfant n'est pas jugé suffisant, voire valable, par les anabaptistes et par les églises qui s'inscrivent dans le même courant. En effet, pour eux, le baptême ne fait pas le chrétien. Ce qui fait le chrétien, c'est la foi qui s'exprime dans une démarche de repentance, de conversion, et qui prend appui sur l'expérience d'une nouvelle naissance. Le baptême n'est pas garantie du salut, il est le sceau qui vient confirmer l'acte de foi.

Le mouvement anabaptiste est à l'origine de diverses églises actuelles (mennonites, baptistes,...). Toutefois le terme "anabaptiste" est aujourd'hui essentiellement utilisé dans son sens historique.

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Congrégationalisme ?

Le congrégationalisme est une organisation ecclésiastique dans laquelle les communautés locales (assemblées qui se réunissent régulièrement en un lieu donné) jouissent d'une grande autonomie au sein de leur Union d'Eglises. Le congrégationalisme souligne que l'église locale est autonome : elle est la cellule de base manifestant la réalité du Corps de Christ. Ce qui caractérise le Corps de Christ est pleinement présent dans l'église locale. Ce n'est pas une institution ou un organisme ecclésiastique quel qu'il soit qui constitue l'Eglise. Autrement dit, ce n'est pas l'organisation qui fait la communion. La communion se fait dans la foi, et l'Eglise est là où se trouve une communauté de chrétiens, une congrégation. Ces communautés peuvent être reliées les unes aux autres par des liens fédératifs.

Indépendante, l'église locale (la congrégation) est d'abord responsable devant Jésus-Christ, le chef de l'Eglise. Une église locale assume ses responsabilités et il est conforme à sa nature et à sa vocation de participer aux décisions importantes comme, entre autres, celle de la nomination de ses pasteurs. En effet, chacune de ces communautés engage et rétribue elle-même ses pasteurs. Elles ont une gestion financière propre, leurs ressources étant essentiellement constituées par les dons de ses membres.

On a parfois tendance à assimiler congrégationalisme et démocratie. Si par démocratie on entend un régime de participants où les membres de la communauté prennent tous leur part de responsabilité, ça l'est en effet. Mais si on prend le mot dans son sens étymologique, signifiant que le peuple est souverain et qu'il délègue son autorité aux hommes qu'il élit, c'est là un sens inacceptable pour des chrétiens qui savent que l'autorité appartient à leur Seigneur et que c'est lui qui la délègue aux bergers qu'il choisit. Les membres d'une communauté n'élisent pas à proprement parler, ils discernent ceux auxquels le Seigneur adresse vocation de servir l'église. Un équilibre doit être préservé : d'un côté la congrégation ne doit pas effacer la réalité des ministères, et de l'autre elle ne doit pas être réduite au silence par le service des ministères.

L'Eglise est la communauté du Saint-Esprit (Jean 3, 7. 37ss ; Galates 3, 2ss). C'est le Saint-Esprit qui rassemble l'Eglise et qui l'équipe en vue de sa mission. Le Saint–Esprit est donné à tous les croyants. Le congrégationalisme est lié à la doctrine du sacerdoce universel des croyants. Le sacerdoce universel fait référence à un texte biblique de l'apôtre Pierre : chaque chrétien a un rôle à jouer dans la construction de l'église (1 Pierre 2, 4-5 et 9-10). Chaque église locale est un "assemblage" où se coordonnent différents ministères. A chacun, Dieu a confié un talent à faire fructifier dans l'église pour sa gloire (Matthieu 25, 26-30 et 1 Pierre 4,10).

Cela dit, toutes les églises évangéliques ne sont pas organisées selon le modèle congrégationaliste.

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Fondamentalisme ?

Le terme, forgé en 1920 et adopté par un groupe de pasteurs et de théologiens de tendance évangélique, issus de toutes les dénominations protestantes d'Amérique du Nord, avait alors une connotation précise et positive. De fait, son origine est due à la publication, dès 1910, d'une série de livres brochés, intitulée "The Fundamentals", qui fut diffusée à près de 3 millions d'exemplaires dans tout le monde anglo-saxon. Parmi les très nombreux thèmes étudiés dominent les doctrines considérées comme essentielles de la foi chrétienne : l'autorité des Saintes Ecritures et ses différents aspects (inspiration, unité, révélation, etc.), la personne et l'oeuvre de Jésus-Christ (sa divinité, sa naissance virginale et ses miracles, sa mort expiatoire et rédemptrice sur la croix, sa résurrection corporelle, son retour en personne). En dehors du caractère théologique et exégétique ces articles fouillés avaient un but apologétique : il s'agissait, en effet, d'affirmer clairement les fondements de la foi protestante traditionnelle ou "évangélique", fidèle à la Réforme et aux "Réveils" s'inscrivant dans sa ligne, face au "modernisme" ou "libéralisme" ambiant, perçu comme une dénégation de ces vérités bibliques.

Les racines de cette controverse remontent, à vrai dire, au XIX° siècle qui vit à la fois se développer remarquablement le mouvement évangélique (création des Sociétés bibliques, de mouvements de jeunesse mondiaux, de nombreuses oeuvres missionnaires, de l'Alliance, etc.) et aussi se répandre assez largement les conceptions libérales surtout parmi les cadres des grandes Eglises protestantes. Ce courant, lui-même ancré dans le rationalisme hérité du "siècle des Lumières" (17ème – 18ème siècles), stimulé par un climat de progressisme et de scientisme conquérant, exerça une forte influence dans les facultés de théologie. La méthode critique fut érigée et appliquée comme principe absolu de toute recherche, dans tous les domaines : physique, littéraire, historique, social, philosophique, religieux. La foi, la Bible aussi pouvaient être analysées et expliquées scientifiquement, comme tout phénomène soumis à des lois de cause à effet .Cette démarche ne put échapper ni au réductionnisme, ni au subjectivisme.

Le "fondamentalisme" était donc initialement une protestation véhémente contre les effets destructeurs de ce processus, de plus il proposait une réflexion sur sa méthodologie et surtout sur ses motifs profonds. En somme, il se présentait comme un appel au retour aux prémisses de la foi chrétienne apostolique. S'agissant de fidélité aux faits révélés fondant la foi biblique, les chrétiens dits évangéliques, à l'instar de tous les mouvements de retour aux sources tout au long de l'histoire de l'Eglise, peuvent assumer le titre de fondamentalistes au sens primitif du terme.

Cependant, dans son combat défensif et dénonciateur d'erreurs, le mouvement s'est enlisé dans des luttes stériles, tombant dans le piège d'un conservatisme strict. Ce durcissement, en germe entre les deux guerres mondiales du XX° siècle, aboutit à la rupture, après la deuxième guerre, avec le courant évangélique qui ne pouvait plus suivre les prises de position restrictives dans de nombreux domaines. En voici les principales tendances :

Puisque l'étiquette "fondamentaliste" a désormais une connotation pervertie, péjorative, polémique, les évangéliques sont amenés à la récuser. Toutefois la confusion persiste, car les limites sont fluctuantes : d'une part, certains évangéliques épousent plus ou moins certaines idées et attitudes de type "fondamentaliste", d'autre part les critiques anti-évangéliques - très perceptibles dans les media - amalgament sans distinction ce qui tient de la confession de foi "évangélique" au sens positif avec les déviances et les excès particuliers. Ainsi tout évangélique n'est pas forcément un "fondamentaliste".

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Les évangéliques viennent tous des Etats-Unis ?
(et vivent sous tutelle américaine ?)

La plupart des églises évangéliques, présentes et actives sur le sol français, sont nées en France et plus largement en Europe depuis plusieurs siècles, voire depuis la Réforme du 16ème siècle pour quelques unes.

Cela dit, quelques églises évangéliques ont été fondées par des missionnaires venus des Etats-Unis, essentiellement à partir de la seconde guerre mondiale.

Il est conforme aussi à l'esprit de la fraternité chrétienne que les églises évangéliques de France favorisent et entretiennent des relations internationales (voire des partenariats) avec d'autres églises qu'elles soient implantées aux Etats-Unis ou dans d'autres pays.

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Eglises libres / librisme ?

De nombreuses Eglises et communautés, comme certains mouvements et unions d'Eglises du courant évangélique ont adopté le terme de "libre". S'il figure dans l'appellation même, il s'agit d'un qualificatif déterminant d'une dénomination particulière (par exemple l'U.E.E.L, l'Union des Eglises Evangéliques Libres). Mais il peut aussi revêtir un sens plus ecclésiologique, décrivant un état ou une conception de l'Eglise.

Ce sens général se rapproche sensiblement du terme "indépendant" ou encore "autonome", toujours par rapport à une institution ecclésiastique existante établie et ayant des relations privilégiées avec le pouvoir politique. Sans nécessairement prendre l'étiquette de libres, des communautés et mouvements évangéliques anciens (Anabaptistes puis Mennonites, Moraves, Non-conformistes et Puritains ...) ont, de par leur protestation et leur fonctionnement, revendiqué la liberté de ne pas se soumettre aux prétentions du prince ou aux exigences de l'état, se mettant donc en marge des grandes Eglises "officielles" avec leurs hiérarchies liées au pouvoir. Le même sens s'applique à beaucoup d'autres dénominations de type professant, souvent issues de mouvements plus récents de retour aux sources ou de réveils (Baptistes, Méthodistes, Frères...), du moment qu'elles n'ont pas accès au même statut que les Eglises "historiques". Ainsi, dans tout pays ou toute région où un concordat (ou au moins quelque lien traditionnel établi) avec les "cultes reconnus" est en vigueur, toute communauté locale ou union d'Eglises non concordataires peut être considérée comme faisant partie en quelque sorte de ce grand ensemble des communautés chrétiennes "libres". C'est dans ce sens qu'en Alsace et Moselle il faut entendre l'expression d'"Eglises libres". En outre, du fait de leur situation, elles ne reçoivent aucun subside financier de la part des instances publiques, ce qui correspond du reste à leur conviction de séparation d'avec l'Etat. Elles font face à leurs besoins financiers uniquement grâce aux dons et contributions volontaires de leurs membres.

L'emploi plus spécifique du terme, repris dans l'intitulé d'une dénomination particulière, demande quelques explications historiques. Au début du XIX° siècle des mouvements de réveils touchant les milieux protestants, mais débordant parfois au delà grâce à leur caractère missionnaire, donnèrent naissance à des communautés plus ou moins autonomes dans plusieurs villes de France. Indépendantes les unes des autres, elles l'étaient au plan de l'organisation, mais semblables par leur piété, par leur attachement à la Bible et par leur zèle pour l'évangélisation. L'indépendance par rapport aux anciennes paroisses protestantes était, pour des motifs doctrinaux, plutôt perçue et vécue comme une dissidence. Après 1848, grâce au Concordat remis en oeuvre, les Eglises Réformées de France furent autorisées à tenir leur Assemblée Générale nationale. L'opposition du courant libéral et rationaliste à une Confession de Foi "ferme et positive qui devait être placée à la base de l'organisation et de la discipline de l'E.R.F.", provoqua le retrait de bon nombre de pasteurs et de communautés du courant évangélique. Celles-ci se constituèrent en Union des Eglises Evangéliques dès 1849. Le terme "Libres" fut ajouté un peu plus tard, d'où le surnom de "Libristes". En 1938, plusieurs paroisses de l'Union ont rallié l'E.R.F.. A l'heure actuelle l'Union compte plus de 50 communautés situées principalement dans la moitié sud du pays.

Une dénomination semblable s'est formée en Suisse dès 1847, par suite de la démission de 185 pasteurs de l'Eglise Nationale qui voulaient l'autonomie des Eglises. Alexandre VINET en fut un éminent précurseur, champion de la liberté des Eglise vis-à-vis de l'Etat. En Ecosse, des communautés dissidentes de l'Eglise presbytérienne formèrent, en 1843, la "Free Church of Scotland".

En Allemagne, on appelle "Freikirchen" l'ensemble des Eglises non rattachées à l'Eglise d'Etat ("Landeskirche"). Leurs pasteurs sont appelés "Pastoren" les distinguant des "Pfarrer", titre réservé aux ministres de l'Eglise "officielle".

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Eléments de bibliographie

- FATH Sébastien (dir.), La diversité évangélique, Cléon d'Andran, Editions Excelsis, 2003.
- KUEN Alfred, Qui sont les évangéliques ? Identité, unité et diversité du mouvement, Saint-Légier (Suisse), Editions Emmaüs, 1998
- STOTT John, La foi évangélique. Un défi pour l'unité, Ligue pour la Lecture de la Bible, 2000
- SINCLAIR Christopher (dir.), Actualité des protestantismes évangéliques, Strasbourg, Presses Universitaires de Strasbourg, 2002

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