Les Notices de l'Entente des Eglises Evangéliques Libres de Strasbourg

E.E.E.L.C.U.S - E.R.N.R.
Des catholiques et des évangéliques se questionnent mutuellement
Notice 7. Pour mieux se connaître. Edition 2005

A propos de la cène, de l'eucharistie

Quelle inconscience que d'aborder une telle question, étant donné son histoire mouvementée et complexe en Occident et la place importante qu'elle occupe dans les conflits et divisions entre Eglises. Des approches différentes se reflètent dans les nombreux noms utilisés, tels que : fraction du pain, sainte cène, sainte communion, messe, divine liturgie ... Toutes ces appellations renvoient pourtant à une seule origine : le partage du pain et de la coupe par Jésus avec ses disciples, au soir précédant sa crucifixion. Jésus avait fait de ce partage un signe fort de communion et d'unité autour du don de sa vie par amour pour les siens. Sa célébration est ainsi restée, depuis les premiers temps de l'Eglise, un acte central du culte chrétien...

Cependant, que de différences dans la compréhension et dans les pratiques ! Combien de questions se posent au catholique qui assiste à une sainte cène lors d'un culte évangélique, et à un évangélique assistant à une messe célébrée dans une église catholique !

Participer... ou simplement assister ? Et pour quelles raisons ?

Par souci de fidélité à l'esprit de communion fraternelle qui avait caractérisé le dernier repas de Jésus avec ses disciples, dans la chambre haute, nous vous proposons d'aborder ces questions et réponses avec une attitude bienveillante, et un désir de meilleure compréhension de l'autre, sans esprit de jugement, de condamnation et d'anathème.

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Nos questions mutuelles

Des catholiques questionnent des évangéliques

1. Comment les Eglises évangéliques ont-elles coutume d'appeler la célébration du dernier repas du Seigneur et le fait de recevoir le pain et le vin ?

2. Quelle est la place de cette célébration dans la vie des Eglises évangéliques ? Y a-t-il cène et partage du pain et de la coupe lors de chaque culte dominical ? Sinon quelle est sa fréquence ? Quand il y a cène, est-ce que tout le monde communie ?

3. Plus fondamentalement, que représente-t-elle pour les évangéliques ? Quelles sont sa signification et sa portée pour la vie de l'Eglise et pour la vie du croyant ?

4. Qui préside habituellement la cène et qui peut donner le pain et la coupe ?

5. Comment se déroule la cène ? Y a-t-il une liturgie type ou chaque communauté dispose-t-elle d'une liberté d'initiative ? Quels sont les éléments fondamentaux à respecter pour cette liturgie ?

6. Un catholique peut-il prendre part à cette célébration au sein des Eglises évangéliques ? Autrement dit, les Eglises évangéliques pratiquent-elles "l'hospitalité eucharistique" ? Si oui, y a-t-il des conditions pour cela ?

7. Quel regard portent les évangéliques sur la messe catholique ?

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Des évangéliques questionnent des catholiques

1. On entend parler de messe, d'eucharistie, est-ce à dire que l'eucharistie est une partie de la messe ? Le culte catholique comporte-t-il nécessairement une eucharistie ?

2. Comment se déroule une eucharistie ? Quels en sont les moments essentiels ?

3. Que représente l'eucharistie pour un catholique ?

4. Qu'en est-il de la transsubstantiation, de la présence réelle ? En quel sens pouvons-nous dire "réelle" ?

5. En quel sens est-il question de sacrifice eucharistique ? Le sacrifice n'a-t-il pas été accompli une fois pour toutes par Jésus-Christ ?

6. Y a-t-il obligation d'aller à la messe ?

7. De quoi se prive le catholique qui ne va pas à la messe ? Autrement dit quelles sont les conséquences, les effets bénéfiques de la messe pour la vie du croyant et pour la communauté ?

8. Faut-il nécessairement un prêtre pour que l'eucharistie soit possible et valable ?

9. Qu'est-ce que l'hospitalité eucharistique ?

10. Est-ce qu'un évangélique peut prendre part à la célébration de l'eucharistie ? Pourquoi ? Et si oui, à quelles conditions ?

11. Quand un catholique fait dire une messe pour un mort, qu'est-ce qu'il en attend ? Qu'en est-il de cette pratique ?

12. Quelle relation y a-t-il entre eucharistie et évangélisation ?

13. Quelle relation entre le baptême et l'eucharistie ? Faut-il notamment être baptisé pour pouvoir communier ?

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Eléments de réponse donnés par des évangéliques

1. Comment les Eglises évangéliques ont-elles coutume d'appeler la célébration du dernier repas du Seigneur et le fait de recevoir le pain et le vin ?

L'appellation habituelle est "Sainte Cène". Dans certains milieux on la désigne par "la Table du Seigneur" (1 Corinthiens 10.21). Les fidèles sont invités à "participer" à la cène ou au "repas du Seigneur" (1 Co 11.20). On entend parfois l'expression "prendre" la cène, ce qui est soit une contraction, pas très heureuse, de "prendre part" à la cène, soit une confusion, par un glissement ou une négligence du langage, avec les paroles de Jésus, à propos du pain : "Prenez, mangez..." (Matthieu 26.26; Marc 14.22) et, à propos de la coupe : "Prenez ceci, partagez..." (Luc 22.17). D'où aussi l'expression assez courante dans l'annonce d'un culte avec cène : "partager le pain et la coupe". Dans la pratique, souvent le fidèle "prend" un morceau de pain que le pasteur lui donne en main ou dont il se sert dans une corbeille qui passe d'une personne à l'autre. De même, il "prend" en main la coupe qui lui est présentée. Mais l'on insiste moins sur la forme du geste que sur la symbolique de la participation libre et volontaire. Autres noms, moins fréquents : "fraction du pain" (cf. Actes 2.42, 46; 20.7), "communion" (cf. 1 Co 10.16, 17). Le terme "messe" n'est jamais employé; celui d'"eucharistie" l'est exceptionnellement avec l'explication de son sens originel en se référant à l'action de grâce prononcée par Jésus lors du repas avec ses disciples (Mt 26.26-27; Mc 14.22-23; Lc 22.17, 19; 1 Co 11.24).

2. Quelle est la place de cette célébration dans la vie des Eglises évangéliques ? Y a-t-il cène et partage du pain et de la coupe lors de chaque culte dominical ? Sinon quelle est sa fréquence ? Quand il y a cène, est-ce que tout le monde communie ?

En règle générale, la Cène fait partie intégrante du culte dominical, mais peut être célébrée d'autres jours de la semaine ou à l'occasion d'un événement particulier, joyeux ou triste. Elle peut se situer à divers moments du culte : soit, au cours du culte, comme point d'aboutissement d'un temps d'adoration et de louange, soit, selon le choix du responsable ou la coutume de la communauté, en fin du culte après la prédication, en signe d'engagement et en réponse à la Parole annoncée (exhortation, appel à suivre le Christ, à le servir...).

La fréquence varie selon les habitudes locales. Dans un grand nombre de cas, la cène est célébrée tous les dimanches sauf circonstances spéciales (certaines fêtes ou cérémonies...). Dans d'autres communautés elle a lieu une fois par mois, afin de donner à sa célébration une solennité particulière.

La participation est souvent "proposée" à la décision libre et volontaire des fidèles présents. L'introduction au temps de cène comporte toujours une invitation suivant les critères exposés par l'apôtre Paul dans 1 Co 11.27-34. Toutefois ce texte n'est pas lu systématiquement, mais sa substance ou certains aspects en sont rappelés dans un bref commentaire adapté au moment. L'avertissement est assorti d'un appel à mettre sa vie en accord avec la foi, si besoin à mettre certaines choses en ordre, à rechercher la réconciliation : "Que chacun s'éprouve soi-même, avant de manger ce pain et de boire cette coupe..." (1 Co 11.28).

Dans une assemblée évangélique, composée essentiellement de chrétiens "professants", la participation est majoritaire. Mais c'est en son âme et conscience, en "discernant le corps du Seigneur", dans la reconnaissance d'être un enfant de Dieu, objet de sa totale miséricorde, que le fidèle est invité à accomplir ce geste, devant Dieu, pour lui et en communion avec ses frères et soeurs. Cela explique pourquoi la cène ne fait pas partie systématiquement de tout rassemblement dominical ou cultuel, notamment lorsqu'il réunit un public très divers.

3. Plus fondamentalement, que représente-t-elle pour les évangéliques ? Quelles sont sa signification et sa portée pour la vie de l'Eglise et pour la vie du croyant ?

Pour les évangéliques, la Sainte Cène est une représentation de l'oeuvre fondamentale du Christ rendant possible notre salut, une commémoration des souffrances et de la mort du Christ, un signe de l'amour et de la solidarité des chrétiens avec le Christ et entre eux. Ceux qui mangent le pain et boivent la coupe, dignement et dans la foi, participent de manière spirituelle au corps rompu de Jésus et à son sang versé. Par cet acte, ils "annoncent la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne" (Mt 26.29, 1 Co 11.26) : ils témoignent ainsi personnellement de leur foi en la mort et la résurrection de Jésus en leur faveur et de leur espérance en sa venue pour établir le règne définitif de Dieu.

Ainsi, dans la continuité des principes de la Réforme, la cène n'est pas un acte qui, par lui-même (ou par le truchement d'une liturgie particulière ou sous condition de la présence d'un officiant spécifique), a la vertu de conférer les bienfaits de la grâce de Dieu, c'est-à-dire de garantir le salut, le pardon des péchés, la sanctification, les fruits de l'Esprit... Elle est comprise comme étant la célébration pour se souvenir du don de Jésus-Christ pour tous les hommes (cf. par exemple Exode 12,14 et Deutéronome 8,18). Pour ces raisons, certains évangéliques sont réservés sur l'emploi du terme "sacrement" à cause de sa connotation "Nous entendons par 'sacramentalisme' l'attitude - et la pratique en découlant – qui consisterait à accorder une valeur quasi-magique et méritoire au sacrement, indépendamment de la foi et de l'engagement personnels des bénéficiaires participants.
En cela des évangéliques prennent aussi leur distance avec les pratiques et la théologie de la "Haute Eglise" anglicane ou luthérienne, par exemple. L'approche du sens de la Cène dans les différentes branches du protestantisme n'est pas sans nuances. En gros, le courant évangélique s'inscrit dans une ligne sensiblement calviniste, voire zwinglienne.
Le terme "sacrement" prend alors le sens de "moyen de grâce" au même titre que la Parole annoncée et enseignée.
Pour désigner les actes sacrés recommandés par le Seigneur (baptême et cène), on utilise plutôt le terme "institution", parfois "ordonnance" (peut-être un anglicisme venant de "ordinance").
sacramentaliste
". Pourtant les Réformateurs, même Zwingli, n'avaient pas d'objection à ce terme et les premiers professants – Anabaptistes du 16ème siècle, Baptistes du 17ème siècle -, fort éloignés du sacramentalisme, ont gardé le mot de H.BLOCHER, Petit périple pour jargonautes, (sur le mot sacrement), in Fac-Réflexion n°18/1992. Des ouvrages de théologie évangélique l'emploient bien, tout en prenant soin de le définir clairement, par exemple Jules-Marcel NICOLE, Précis de doctrine chrétienne, Edit. de l'Institut Biblique, Nogent-sur-Marne, 1983sacrement.

La valeur de la cène est fondée sur le geste accompli et recommandé par Jésus lors de son dernier repas avec ses disciples avant d'être livré à la crucifixion. Surtout, elle est liée à l'annonce de la Parole de Dieu, c'est-à-dire de l'Evangile, la Bonne Nouvelle de la réconciliation de Dieu par Jésus-Christ (2 Co 5.17-19). Elle est donc inséparablement liée à la foi de celui ou de celle qui répond à cette proclamation, qui reçoit le pardon et la vie éternelle (Jn 1.12). La cène est un acte symbolique, une parabole vécue par la personne entière, le témoignage visible et extérieur régulièrement rappelé d'un réalité intérieure, sciemment acquise un jour, grâce à l'oeuvre de l'Esprit de Dieu dans la personne du croyant.

Ainsi comprise, la cène est:

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4. Qui préside habituellement la cène et qui peut donner le pain et la coupe ?

En règle générale le service de Sainte Cène est présidé et animé par le pasteur ordonné de la communauté, ou bien, selon le type de gouvernement de la communauté ou assemblée, par un des "anciens" nommés. Mais la conduite de sa célébration peut aussi être confiée à un autre responsable ("diacre" par exemple), en tout cas une personne reconnue et "éprouvée" pour sa fidélité et son intégrité.

La personne qui préside est secondée par plusieurs personnes, hommes et femmes, pour la distribution du pain (corbeilles) et de la coupe.

On utilise du pain ordinaire, un morceau entier ou prédécoupé en petits dés, parfois du pain azyme. On fait circuler une ou plusieurs coupes d'une personne à l'autre. L'habitude se répand de faire passer des plateaux spéciaux avec de petits gobelets individuels. Le breuvage peut être du vin ou du jus de raisin. Ces pratiques s'expliquent par un souci d'hygiène et de respect envers ceux qui ont fait voeu d'abstinence de boissons alcoolisées.

5. Comment se déroule la cène ? Y a-t-il une liturgie type ou chaque communauté dispose-t-elle d'une liberté d'initiative ? Quels sont les éléments fondamentaux à respecter pour cette liturgie ?

L'ordre du service est relativement simple et souple. Il n'y a pas de liturgie spéciale, unique. Cependant, dans la célébration de la cène, les éléments suivants sont très généralement présents :

La lecture d'introduction peut être accompagnée d'une brève explication qui souligne tel ou tel aspect du sens de la cène, avec citation ou lecture d'un autre texte proche du thème; ce commentaire s'articule sur un mot d'exhortation et d'avertissement.

En introduction, un chant se rapportant à la cène peut servir d'articulation avec ce qui précède, mais ce n'est pas une règle. Pendant la distribution des éléments, un chant spontané peut être entonné, ou des prières libres prononcées ou quelques paroles bibliques lues évoquant des promesses divines. Parfois l'assemblée est simplement invitée à rester dans le recueillement silencieux.

Dans certaines Eglises, le temps de l'offrande suit immédiatement la cène, toujours sous le signe de la reconnaissance et de la solidarité concrètes.

6. Un catholique peut-il prendre part à cette célébration au sein des Eglises évangéliques ? Autrement dit, les Eglises évangéliques pratiquent-elles "l'hospitalité eucharistique" ? Si oui, y a-t-il des conditions pour cela ?

Il n'y a pas vraiment d'opposition de principe (sauf dans certains milieux particulièrement rigoristes où l'on exige une lettre de recommandation attestant de l'appartenance à la même dénomination) à permettre à une personne venant d'une autre Eglise ou communauté chrétienne - voire catholique - de prendre part à la cène. Il est vrai que le problème n'est pas posé en termes d'appartenance ecclésiastique, ni d'accomplissement d'un rite respectant la tradition, mais d'adhésion par la foi au Christ et de communion sur cette base avec la communauté et les chrétiens présents. Chaque participant est invité à se placer en son âme et conscience d'abord devant le Seigneur et non de se situer par rapport à une Eglise ou une institution ou une tradition particulières. La manière de concevoir la cène, dans le cadre du culte, fait que l'on ne considère pas à priori cet aspect d'"inter - communion".

Eu égard aux différences d'ordre pratique et aussi doctrinal, la personne peut être amenée à opter pour une attitude de retenue et de prudence afin de respecter les consciences et de ménager les bonnes relations. Nous pensons que la qualité de la communion n'est pas conditionnée par l'accomplissement ou non d'un acte. Tant que les divergences à son propos apparaissent aux uns et aux autres importantes et sont des causes d'incompréhensions, de heurts, voire de polémiques, il est préférable de s'abstenir de participer à une telle célébration. Ce n'est pas la cène qui crée l'unité, mais l'attachement au Christ dans l'amour et la vérité.

7. Quel regard portent les évangéliques sur la messe catholique ?

Un évangélique peut s'associer à beaucoup de paroles et de gestes dans le déroulement de la messe, dans la mesure où il peut y reconnaître une proximité avec le modèle biblique. Quoiqu'il en soit, il saura apprécier la ferveur des participants en se gardant de porter d'emblée sur eux un jugement de valeur morale.

Cependant, il ne peut nier de se heurter à plusieurs difficultés théologiques et pratiques qui tiennent à toute une série d'éléments qui n'ont pas, à ses yeux, de fondement biblique et lui paraissent éloignés du modèle apostolique des Evangiles. Il fera donc bien souvent le choix de l'abstention, car ces problèmes sont vécus comme des problèmes de conscience et de cohérence avec les convictions de sa foi :

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Réponses apportées par des Afin d'apporter des éléments de réponse aux questions posées, nous avons consulté les auteurs et ouvrages suivants : Denzinger ; BEM ; Jésus-Christ pain rompu pour un monde nouveau – voir ci-dessous - ; Les Signes du Salut (t.III, Desclée, 1995) ; Le dialogue catholiques - évangéliques (Débat et documents, Edifac et Excelsis, 2002) ; L'Eucharistie (cours de licence de S. KNAEBEL, Edition 2003) ; et H.DUQUAIRE, L'Eucharistie symbole ou présence réelle du Christ ?, Editions Saint Paul, 1974. Toutes les citations faites sont extraites de ces ouvrages.catholiques

1. On entend parler de messe, d'eucharistie, est-ce à dire que l'eucharistie est une partie de la messe ? Le culte catholique comporte-t-il nécessairement une eucharistie ?

En termes catholiques, la messe - parole et sacrement -, aussi appelée Le mot "eucharistie" qui dérive du grec désigne l'action de rendre grâce. Le verbe et le substantif sont employés à de nombreuses reprises dans le Nouveau Testament. Dés le IIe siècle, on appelle "eucharistie" la bénédiction prononcée sur le pain et le vin, voire les 'oblats' eux-mêmes (le pain et le vin 'offerts').eucharistie, forme un tout. Elle est le rassemblement des catholiques, particulièrement chaque dimanche. Il n'y a donc pas distinction entre culte et eucharistie ou messe. La communion au pain et au vin, au même titre que la proclamation de la Parole de Dieu, autrement dit l'accueil de la parole et du pain de Dieu, constituent cette unique célébration de l'oeuvre de Dieu. Le nom de cène est réservé, dans l'Eglise catholique, à la célébration solennelle du jeudi saint.

2. Comment se déroule une eucharistie ? Quels en sont les moments essentiels ?

La liturgie de l'eucharistie obéit à des normes précises. Elle comporte trois grands moments: en premier lieu la liturgie de la Parole, dont les textes changent selon les différents jours de l'année et suivant les temps liturgiques, ensuite la prière de présentation du pain et du vin et la grande prière eucharistique, et enfin la liturgie de la communion qui commence avec la proclamation du Notre Père.

Le document théologique de base élaboré pour le congrès eucharistique qui s'est tenu à Lourdes en juillet 1981, présente, de manière lumineuse, le déroulement, la dynamique et l'unité de Il a été un document ressource pour le présent document. On pourra s'y reporter utilement: Jésus Christ pain rompu pour un monde nouveau, Paris, Centurion, 1980l'action eucharistique : L'Eglise se rassemble; l'Eglise proclame la parole de Dieu; l'Eglise rend grâce au Père ; l'Eglise fait mémoire du Christ; l'Eglise fait appel à l'Esprit Saint; l'Eglise communie au corps du Christ; l'Eglise participe à la mission du Christ.

Enfin, pour être exhaustif, le déroulement complet de la messe ou eucharistie est celui-ci :

3. Que représente l'eucharistie pour un catholique ?

Qui ne se résume pas à la seule messe du dimanche (voir réponse 6.)L'eucharistie, pour tout catholique, c'est la rencontre avec le Ressuscité et avec la communauté (territoriale : de quartier ou du village, ou autre) qui s'en réclame. Pour le catholique, elle se présente donc toujours comme une nouvelle affirmation de sa foi au Christ et elle confirme son appartenance à l'Eglise. Plus encore, les catholiques ont la conviction que "dans le repas eucharistique, dans l'acte de manger le pain et boire le vin, le Christ accorde Cela explique le respect, voire la dévotion profonde des catholiques pour l'hostie et pour le calice, auxquels contribue l'Eglise dans un souci pédagogique.la communion avec lui". C'est l'initiative de Jésus-Christ lui-même, qui vient au devant de ses amis, se tient au milieu d'eux pour leur révéler sa présence de Ressuscité et se communiquer à eux à travers les Ecritures et le pain partagé, comme pour les disciples d'Emmaüs (cf. Luc 24,13-25). Les catholiques se perçoivent ainsi mystérieusement associés au mouvement de don par lequel Jésus s'offre au Père pour que tous les hommes soient sauvés.

Certes, avant de se retrouver pour l'eucharistie, les croyants catholiques sont déjà rattachés au Christ par la foi. Pourtant, ils savent qu'ils ne formeront vraiment le corps du Christ qu'en venant le reconnaître et le recevoir tel qu'il se révèle et se communique dans l'eucharistie. En communiant au pain rompu, ils participent à l'Agapè de Dieu lui-même. C'est dire combien l'Eglise catholique "reçoit l'eucharistie comme un don de la part du Seigneur" (cf. 1 Co 11,23), ce qu'elle traduit ainsi : l'eucharistie est "essentiellement le sacrement du don que Dieu fait en Christ par la puissance du Saint Esprit". Elle est un repas sacramentel qui, par le moyen de signes visibles, communique l'amour de Dieu en Jésus-Christ, l'amour dont Jésus aima les siens "jusqu'à l'extrême" (Jn 13,1). D'où l'expression de sacrement de l'amour qui lui est donné, et encore de promesse de transfiguration (cf. Jean 6,58).

En tout lieu de l'Eglise catholique, l'eucharistie apparaît toujours comme l'acte essentiel de l'Eglise rassemblée, le coeur même du rassemblement des croyants. Elle a un statut particulier parmi les autres sacrements, d'une part en raison de son institution immédiate par Jésus : son institution est expressément référée à une décision du Christ avant sa mort ; d'autre part étant donné ce qu'Voir à ce propos la réponse n°13.elle communique aux baptisés.

Quoique tout catholique ait une conscience vive de l'importance de l'eucharistie, il ne sait pas toujours rendre compte des motifs de cette importance, cela explique l'insistance des responsables de l'Eglise catholique sur la formation : "Les pasteurs d'âmes et les autres fidèles, chacun selon sa fonction ecclésiastique, ont le devoir de veiller à ce que les personnes qui demandent les sacrements soient préparées à les recevoir par l'évangélisation voulue et la formation catéchétique" (Canon 843 §2). Même prudence par rapport aux enfants : "Pour que la très sainte eucharistie puisse être donnée aux enfants, il est requis qu'ils aient une connaissance suffisante et qu'ils aient reçu une préparation soignée, de sorte qu'ils comprennent le mystère du Christ à la mesure de leur capacité, et puissent recevoir le Corps du Seigneur avec foi et dévotion".

Un risque pour tout catholique, du fait de sa conviction que le sacrement eucharistique a une réalité toute particulière exprimant le don objectif de Dieu en son Fils, consiste à oublier qu'il demeure "sacrement de la foi" : il peut alors en faire un geste magique ou un en-soi sans relation réelle avec la foi évangélique.

4. Qu'en est-il de la transsubstantiation ? de la présence réelle ? En quel sens pouvons-nous dire réelle ?

La présence réelle en référence à la Bible...

Pour l'Eglise catholique, le réalisme du rite eucharistique est déjà explicite dans certains textes bibliques, et particulièrement dans le chapitre six de l'évangile de Jean et la première épître de Paul aux Corinthiens. Ces textes lui semblent effectivement témoigner du réalisme de l'eucharistie tel qu'il a pu être vécu dans l'Eglise primitive. "Paul ne nous fournit pas d'explications touchant le comment d'une opération qui fait qu'en mangeant le pain eucharistique et en buvant à la coupe, le fidèle entre en communion avec le corps et le sang du Christ (1 Corinthiens 10,16). Mais si le comment n'est pas dit, le fait lui-même est exprimé, comme il l'est également quand Paul emprunte le mode sévère et déclare: 'Quiconque mange le pain et boit la coupe du Seigneur indignement aura à répondre du corps et du sang' du Seigneur (11,27). Dans ces deux exemples, la référence immédiate n'est pas d'abord la personne du Christ mais son corps et son sang auxquels le fidèle communie au moyen du pain et du vin. Par conséquent, on ne voit pas qu'on puisse situer la présence eucharistique en dehors des "éléments", autrement dit des aliments qui composent ce repas sacré. Ainsi, pour Paul, un réalisme incontestable pénètre la double identification contenue dans les paroles de Jésus à la S. LEGASSE, L'eucharistie selon St Paul, in L'eucharistie dans la Bible, Cahiers Evangile 37, Paris, Cerf, 1981, p.49.dernière Cène".

... et à l'incarnation

Même réalisme chez Jean, qui renvoie chez lui au réalisme de l'Incarnation. "On pense que Jean insiste sur l'obligation de manger la chair du fils de l'homme et de boire son sang (chapitre 6, verset 53) contre les docètes qui niaient la réalité de l'Incarnation. La célébration de l'eucharistie – avec son réalisme sacramentel – est donc le signe et la marque de la véritable humanité de Jésus. Mais l'enjeu (et la condition de l'eucharistie) reste le même qu'au temps de Jésus: c'est la foi en lui dont le corps a 'été livré pour que le monde ait la vie' (v.51). Ce verset 51 constitue une sorte de verset charnière qui fait passer du temps de la présence au temps de la médiation sacramentelle. Entre les deux périodes, c'est la même intrigue qui se poursuit, à savoir la tentative de rejoindre Jésus dans la foi et même 'de demeurer en lui' (v.56). La compréhension réaliste du repas sacramentel (manger la chair, boire le sang) n'a rien de magique. A travers le repas, Jésus lui-même s'unit à ceux qui le reçoivent (v.56); ils vivent à travers lui; il les ressuscitera à la fin des temps (v.54). La nourriture sacramentelle (vin -pain) n'est qu'un moyen pour atteindre à une A. MARCHADOUR, L'eucharistie dans l'Evangile de Jean, in L'eucharistie dans la Bible, op.cit., p.60.communion personnelle avec lui'".

Pour l'Eglise catholique, "c'est donc en référence ... au mystère même de l'Incarnation que doit être comprise l'affirmation de la réalité de la présence du Christ dans l'hostie". Jésus a dit sur le pain et le vin de l'eucharistie : "Ceci est mon corps... Ceci est mon sang...". Ce que le Christ a dit s'accomplit chaque fois que l'eucharistie est célébrée. Ainsi, "sous les signes du pain et du vin, la réalité profonde est l'être total du Christ, qui vient à nous pour nous nourrir et transformer tout notre être".

Présence réelle rendue possible par l'Esprit

Le catholique peut donc dire : "Je crois au Christ qui m'a tant aimé qu'il a voulu se rendre présent, réellement, à moi, et d'une présence tellement réaliste qu'il se fait ma nourriture, afin de me donner sa vie divine par une rencontre si concrète qu'elle est une véritable Action de manger.manducation". La présence eucharistique du Christ s'envisage et s'énonce d'abord en termes de relation avec le sujet. Ainsi, par l'hostie consacrée, le Christ se fait présent en celui qui le reçoit tout entier, d'une façon spirituelle (Jean 6,63). Il se donne en nourriture spirituelle aux fidèles unis à son offrande. Cette présence réelle, parce que spirituelle, est rendue possible dans toute sa réalité par l'A certains moments donnés de l'histoire du catholicisme, et particulièrement au lendemain de la Réforme, comme à tout moment où il a perçu que la réalité de la présence réelle du Christ dans le pain et dans le vin était mise en question, de vives réactions se sont faites entendre qui ont donné lieu à des manifestations et à des dévotions sujettes à caution, tendant à prouver qu'il s'agissait bien du corps et du sang de Jésus.Esprit Saint. Le Christ de l'eucharistie n'est pas le corps mort de la croix, mais le corps ressuscité par l'Esprit de Dieu (cf. Romains 8,11). L'action de l'Esprit Saint permet de comprendre en quoi consiste la présence réelle du Christ parmi nous, au terme de sa Pâque. "Le Père est l'origine première et l'accomplissement final de l'événement eucharistique. Le Fils de Dieu fait homme, par qui, avec qui et en qui il s'accomplit, en est le centre vivant. Le Saint Esprit est l'incommensurable force d'amour qui l'opère et qui continue de le rendre efficace. Ce lien de la célébration eucharistique avec le mystère de Dieu Trinité situe le rôle de l'Esprit Saint comme celui qui actualise et vivifie les paroles historiques du Christ. Dans la certitude d'être exaucée en raison de la promesse de Jésus dans les paroles de l'institution, l'Eglise demande au Père l'Esprit Saint pour qu'il accomplisse l'événement eucharistique : la présence réelle du Christ crucifié et ressuscité donnant sa vie pour l'humanité".

De la transsubstantiation...

Si l'Eglise catholique a toujours tenu à ce réalisme du Jeudi saint, il restait à le traduire en des termes à la fois appropriés et compréhensibles. Cela nous conduit à l'histoire dogmatique de l'eucharistie et aux nombreuses polémiques qui l'ont accompagnée ! La recherche de formulations théologiques adéquates a été un défi constant, à preuve les expressions qui se sont succédées depuis les origines de l'Eglise. C'est ainsi que les médiévaux sont allés chercher le terme de "Cette notion a eu un poids considérable dans le christianisme latin. Le terme repris par le Concile de Trente n'a pas été intégré dans la formulation du dogme lui-même. Il y figure dans des propositions subordonnées à titre de théorie explicative. transsubstantiation" (ou conversion substantielle) pour 'traduire' cette présence mystérieuse et réelle du Christ dans le pain et le vin eucharistiques. Ils le faisaient en prenant le terme de substance dans un sens métaphysique (et non empirique) d'une part, mais aussi et surtout pour exclure toute perspective de "transmutation" de type alchimique ! Or, ce terme est aujourd'hui devenu inintelligible.

Le Concile Vatican II a donc proposé d'autres perspectives théologiques. Une d'entre elles est biblique, il s'agit du "mémorial" (cf. Exode 12,14). Pour l'homme de la Bible, "faire mémoire" signifie accueillir dans l'actualité le don de Dieu fondateur de l'alliance. Le mémorial liturgique est comme un gage que Dieu lui-même donne de l'efficacité de son action ; il a pour fonction d'actualiser dans le temps des hommes l'oeuvre éternelle de Dieu. En commémorant liturgiquement l'événement passé de l'Exode, le peuple juif confesse que le salut accordé par Yahvé s'applique aussi à son histoire présente et future.

... au mémorial

De la même manière, les catholiques soulignent que le mystère pascal, de la croix et de la résurrection du Christ, est rendu présent et actuel dans le mémorial eucharistique ; Dieu actualise dans notre histoire temporelle le mystère permanent de son Fils. La conception biblique du mémorial appliquée à l'eucharistie exprime cette efficacité actuelle de l'oeuvre de Dieu quand elle est célébrée par son peuple sous forme de liturgie. Par cette actualisation de la Pâque dans la puissance de l'Esprit, qui est la vivante mémoire de l'Eglise (Jn 14,26), le Christ lui-même se rend présent à son Eglise à travers le geste qu'il a demandé à ses apôtres d'accomplir "en mémoire" de lui. C'est pourquoi les paroles de l'institution sont prononcées à la première personne. "Ceci est mon corps... Ceci est mon sang". Jésus-Christ choisit de se lier de façon permanente et définitive à ce "mémorial" de sa mort et de sa résurrection qu'il confie à l'Eglise. Il est donc réellement présent dans la célébration, avec tout ce qu'il a accompli pour nous et pour la création entière : il nous accorde la communion avec lui.

La présence du Christ n'est pas offerte à une vérification sensible. Elle n'est pas le produit des convictions des fidèles. Elle est entièrement gratuite, indépendante du degré de foi ou de la qualité des assemblées. Elle est en même temps fidèle, puisque le Christ réalise toujours sa promesse de se rendre présent au mémorial de sa Pâque.

Cette présence se fait par la médiation des signes sacramentels. Elle se réalise ici au sens fort : d'une part, le signe est la réalité signifiée et d'autre part, il renvoie à un "pas encore manifesté" ; car la présence est cachée dans le signe et discernée par la foi seule. Elle est ordonnée à la rencontre du Christ qui vient dans sa gloire.

5. En quel sens est-il question de sacrifice eucharistique ? Le sacrifice n'a-t-il pas été accompli une fois pour toutes par Jésus-Christ ?

Evidemment, le sacrifice de Jésus-Christ est unique. C'est aussi ce que croient les catholiques. Il n'est pas question de renouveler ou de réitérer ce sacrifice. "Le sacrifice présent dans l'eucharistie n'est pas un autre sacrifice que celui dont Jésus a été l'auteur aux jours de sa Pâque. Il ne porte pas atteinte à l'offrande historique que Jésus a faite de lui-même une fois pour toutes, ni à son unique résurrection. Il n'est pas non plus un supplément à cette offrande, car il n'y a rien à lui ajouter.

Ni répétition ni supplément, mais actualisation

La messe ne répète ni ne renouvelle le don que "En aucun cas le sacrifice du Christ n'est renouvelé lors de la célébration de l'eucharistie, mais c'est lui qui nous renouvelle dans notre adhésion de foi et de charité" peut-on lire dans le dialogue catholiques – évangéliques consacré à la cène - eucharistie.Jésus a fait de sa vie, elle le 're-présente' ou 'le rend présent' et l'actualise, c'est-à-dire le fait intervenir en notre propre histoire. Nous retrouvons là la dimension de mémorial que nous évoquions plus haut.

L'eucharistie donne au sacrifice du Christ d'intervenir en notre temps de manière efficace ; elle le rend présent et en applique le fruit pour le salut du monde. Elle est le mémorial du Christ crucifié et ressuscité, c'est-à-dire le signe vivant et efficace de son sacrifice, accompli une fois pour toutes sur la croix et toujours agissant en faveur de toute l'humanité (Hébreux 7,25).

L'eucharistie n'est donc pas à proprement parler un sacrifice, elle est le sacrement du sacrifice unique du Christ, toujours vivant pour intercéder en notre faveur (Romains 8,34) et qui seul donne sens et valeur à la C'est dire que les expressions de 'sacrifice eucharistique' ou de 'sacrifice de l'eucharistie' sont progressivement délaissées depuis le Concile Vatican II et la réflexion théologique qu'il a favorisée, du fait qu'elles prêtent souvent à confusion, n'étant pas entendues dans le sens très précis qui est le leur.démarche pascale des croyants. Il n'y a qu'une expiation, celle du sacrifice unique de la croix, rendu présent et agissant dans l'eucharistie par la puissance de l'Esprit, sous les signes du pain et du vin partagés dans le repas, et présentés au Père dans l'intercession du Christ et de l'Eglise pour toute l'humanité.

La relation de la table à l'autel

Quant au caractère sacrificiel de la cène vécue par Jésus, il est manifesté par les paroles mêmes de l'institution : "Ceci est mon corps donné pour vous" et "Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang versé pour vous" (Luc 22,19-20). Comme la Pâque juive, l'eucharistie chrétienne – célébration de la Pâque nouvelle – implique une relation fondamentale à la table et à l'autel. La nouveauté que souligne en particulier l'épître aux Hébreux, réside dans le fait que l'autel désigne dorénavant le sacrifice unique du Calvaire et non une série indéfinie de sacrifices cultuels. Sans l'autel, la table se réduirait au symbolisme d'un repas communautaire ; sans la table, l'autel aurait simplement valeur de rappel historique. C'est ensemble que l'autel et la table définissent la dynamique pascale de l'eucharistie; le crucifix que les catholiques disposent soit au-dessus , soit à côté de la table eucharistique, veut signifier sa dimension sacrificielle.

Dés lors, ce que fait l'Eglise catholique en célébrant l'eucharistie, c'est participer à l'unique offrande que fait de lui-même son Seigneur. Elle communie au sacrifice du Christ et à sa pâque. Elle apprend et reçoit du Christ la possibilité de s'offrir à son tour. Elle tend à devenir "une vivante offrande" à la gloire de Dieu.

Du fait de l'importance qu'ils ont parfois accordée à la souffrance et de leur insistance unilatérale sur le rapport entre la messe et la croix, les catholiques doivent veiller à deux écueils :

6. Y a-t-il obligation d'aller à la messe ?

Depuis le concile de Latran IV (1215), l'Eglise catholique demande que tout fidèle aille à la messe Il convient de distinguer l'obligation d'aller à la messe et l'obligation de communier. Depuis les années 60 (à la veille du concile Vatican II), l'Eglise catholique a encouragé la communion à chaque messe, ce qui n'était pas le cas auparavant. Selon le Code de Droit canonique, "tout fidèle, après avoir été initié à la très sainte Eucharistie est tenu par l'obligation de recevoir la sainte communion au moins une fois l'an" (canon 920 - §1). Il poursuit (§2) : "Ce précepte doit être accompli durant le temps pascal, à moins que pour une juste cause, il ne le soit à une autre époque de l'année".au moins une fois par semaine. Cela dit, des catholiques y vont deux à trois fois, certains tous les jours.

Le Baptême, Eucharistie, Ministère, Commission de Foi et Constitution du Conseil oecuménique des Eglises, Paris, Centurion, 1982.BEM quant à lui affirme: "Puisque l'eucharistie célèbre la résurrection du Christ, il serait normal qu'elle ait lieu au moins tous les dimanches. Puisqu'elle est le nouveau repas sacramentel du peuple de Dieu, tout chrétien devrait être encouragé à recevoir la communion fréquemment" (n°31).

Nous relevons le "il serait normal"; c'est effectivement une question de cohérence. Pourquoi se priver de ce moment de rencontre privilégié ? C'est dire que cette obligation, comme toute obligation, peut être entendue et vécue fort différemment. Soit comme obligation intérieure impérieuse en réponse à l'initiative de Dieu vécue comme telle, soit comme observance d'une demande de mon Eglise. Dans ce dernier cas, je peux évidemment aller à la messe par pur formalisme, par devoir, par légalisme ou par habitude, quoique cela devienne plus rare. Et je peux aussi vivre cette obligation comme une aide à être fidèle, à persévérer dans des moments de doute, de difficulté, de souffrance.

Il est à noter encore qu'un certain nombre de personnes, qui ne peuvent physiquement pas se rendre à la messe, assistent le dimanche à la messe télévisée. Des paroissiens leur apportent ensuite la communion à domicile.

7. De quoi se prive le catholique qui ne va pas à la messe ? Autrement dit, quelles sont les conséquences, les effets bénéfiques de la messe pour la vie du croyant et pour la communauté ?

En n'allant pas à la messe, le catholique se prive de la chance d'un moment de communion privilégiée au Christ et à sa communauté, à l'Eglise, rassemblée autour du Christ par l'Esprit. Ceci d'autant plus que pour le catholique, "seule l'Eucharistie réalise en l'homme la plénitude de communion à Celui Jésus Christ pain rompu, p.74sans qui nous ne pouvons rien faire".

Cela étant dit, il conviendrait de questionner chaque catholique à propos de sa relation personnelle avec le Christ et avec sa Et ce qui est vrai pour tout catholique l'est aussi pour toute communauté catholique. La question posée renvoie nécessairement à un contexte, à une histoire. Des catholiques, il y a soixante ans, et peut être encore certains catholiques âgés, nés dans un univers tout catholique, répondraient peut-être que le catholique qui ne va pas à la messe se prive du ciel par exemple. Mais une telle réponse est à situer dans une société donnée. Elle ne renseigne pas sur la foi catholique, mais sur le comment cette foi a pu être vécue à certains moments de l'histoire, ce qui est évidemment différent.communauté d'appartenance. Selon cette relation, son moment, son étape, mais aussi en fonction de son état et de sa situation personnels, il peut se priver d'un moment de joie, de bonheur, de consolation, d'étreinte, ou aussi bien de silence, de creusement, de réconciliation, de dépossession,....

8. Faut-il nécessairement un prêtre pour que l'eucharistie soit possible et valable ?

Selon la théologie catholique des ministères, l'eucharistie est nécessairement présidée par Selon l'Eglise catholique "la dignité particulière du ministère épiscopal continue depuis le commencement de l'Eglise du fait de la succession apostolique". "Par l'intermédiaire de ceux que les Apôtres consacrèrent évêques et de leurs successeurs jusqu'à nous, la tradition apostolique est manifestée et conservée... Ainsi se perpétue la charge qu'avaient les Apôtres de paître l'Eglise, charge qui doit s'exercer perpétuellement par l'ordre sacré des évêques" (concile Vatican II, Lumen Gentium n°20). L'évêque est donc revêtu de la plénitude du sacrement de l'ordre et, à ce titre, "toute célébration légitime de l'eucharistie est dirigée par lui" ; par son ministère, il établit des prêtres.un évêque ou un prêtre. "Seul le prêtre validement ordonné est le ministre qui, en la personne du Christ, peut réaliser le Droit canonique, canon 900 §1.sacrement de l'Eucharistie". Il agit 'in persona Christi', ce que le concile Vatican II exprime en disant qu'il y a en lui une présence du Christ et qu'il intervient "au nom du Christ tête en personne" (en référence à Ephésiens 1,22 et 4,15). "Dans la célébration de l'eucharistie, le Christ rassemble, enseigne et nourrit l'Eglise. C'est le Christ qui invite au repas et le préside. Il est le pasteur qui conduit le peuple de Dieu, le prophète qui annonce la Parole de Dieu, le prêtre qui célèbre le mystère de Dieu. (...) Cette présidence du Christ a pour signe celle d'un ministre ordonné".

"Celui qui préside la célébration eucharistique au nom du Christ manifeste que l'assemblée n'est pas propriétaire du geste qu'elle accomplit, qu'elle n'est pas maîtresse de l'eucharistie : elle la reçoit comme un don du Christ vivant dans son Eglise. Le ministre de l'eucharistie est l'envoyé qui représente l'initiative de Dieu et exprime le lien de la communauté locale avec les autres communautés dans l'BEM, 29Eglise universelle".

Si le prêtre exerce nécessairement la présidence de l'eucharistie, les laïcs peuvent toutefois exercer différents autres ministères: proclamation de la Parole, distribution de la communion, port des offrandes,...

9. Qu'est-ce que l'hospitalité eucharistique ?

Comme son nom l'indique, il s'agit de l'accueil à la table eucharistique, à la communion, de baptisés d'autres Eglises que celle où a lieu la célébration. Si l'Eglise catholique considère que l'hospitalité eucharistique ne peut être habituelle, c'est parce que, comme le dit Saint Paul déjà, la communion eucharistique et la communion ecclésiale sont indissociables (cf.1 Corinthiens 11,34-37). De ce fait, pour l'Eglise catholique, seule la réconciliation entre les Eglises aujourd'hui divisées peut rendre normal l'accueil mutuel à la table de l'Cela concerne aussi la concélébration: "Il est interdit aux prêtres catholiques de concélébrer l'Eucharistie avec des prêtres ou des ministres d'Eglises ou de communautés ecclésiales qui n'ont pas la pleine communion avec l'Eglise catholique" (Canon 908).eucharistie qu'elles célèbrent.

10. Est-ce qu'un évangélique peut prendre part à la célébration de l'eucharistie ? Pourquoi ? Et si oui, à quelles conditions ?

Un évangélique, comme tout non catholique, peut assister à la célébration de l'eucharistie. Il peut même y prendre une part active, c'est le cas par exemple lors de la semaine de l'Unité des chrétiens. Il faut donc distinguer: assister, prendre part et communier.

En ce qui concerne ce dernier point, le droit interne de l'Eglise catholique romaine (canon 844 §4 du Code de Droit canonique) dit : "En cas de danger de mort ou si, au jugement de l'Evêque diocésain ou de la conférence des Evêques, une autre grave nécessité se fait pressante, les ministres catholiques peuvent administrer licitement ces mêmes sacrements, aussi aux chrétiens qui n'ont pas la pleine communion avec l'Eglise catholique, lorsqu'ils ne peuvent pas avoir recours à un ministre de leur communauté et qu'ils le demandent de leur plein gré, pourvu qu'ils manifestent la foi catholique sur ces sacrements et qu'ils soient dûment disposés". Tous les baptisés qui croient que le pain et le vin consacrés sont réellement le corps et le sang du Christ peuvent donc communier dans certaines circonstances.

Ajoutons encore qu'en Alsace, un décret (de 1972) de l'évêque permet aux luthériens de communier dans l'Eglise catholique dans certaines circonstances, lors de mariages mixtes par exemple.

11. Quand un catholique fait célébrer une messe à la mémoire d'un défunt, qu'est-ce qu'il en attend ? Qu'en est-il de cette Les éléments de réponse qui suivent sont extraits de S.KNAEBEL, Eucharistie et salut de l'âme du défunt, texte polycopié et La célébration de l'eucharistie lors de funérailles, texte polycopié. Réflexion menée notamment à partir de saint Thomas d'Aquin (Somme théologique, Supplément, q.71, a.2 .3 .9.12-14).pratique ?

La tradition catholique comporte la célébration de l'eucharistie à la "La pratique de l'intercession des vivants en faveur des défunts est déjà affirmée dans le judaïsme tardif (cf.2 Maccabées, chapitre 12). Quant à l'intercession pour les fidèles défunts à la messe, elle est sans doute ancienne. Tertullien en témoigne en 200. Les messes pour les défunts se sont par la suite multipliées depuis l'époque de Charlemagne, et jusqu'à 'l'obsession' à la fin du Moyen Âge". mémoire des défunts. Cette célébration intervient au moment des funérailles ou plus tard. Le sens en est d'abord celui de l'action de grâce pour les merveilles que Dieu a réalisées dans leur vie. Dans le même temps, l'assemblée unit son intercession pour eux à celle du Christ "unique Médiateur entre Dieu et les hommes" (I Tm 2,5).

Il s'agit donc, pour l'Eglise catholique, d'un acte de communion avec les défunts dans l'unique amour du Christ. Cet acte est lié au mystère pascal, et son message doit toujours être clairement mis en évidence. C'est en effet "en raison de leur rapport commun avec la mort et la résurrection de notre Seigneur, (que) les funérailles chrétiennes et l'eucharistie sont, chacune à sa manière, des célébrations du mystère pascal". Parce que "les funérailles chrétiennes sont la célébration du grand passage de la mort à la vie, (...) l'eucharistie, mémorial de la mort et de la résurrection du Christ, doit y être nécessairement associée".

Cela dit, les catholiques croient que l'eucharistie célébrée à la mémoire d'un défunt peut avoir une influence bénéfique sur le salut de son âme. A condition cependant que l'on évite toute formulation utilitariste ("influence bénéfique"). Cet aspect de la foi catholique est à comprendre sur l'horizon de la résurrection du Seigneur, de la "communion des Saints", et de la destinée ultime de la Personne. La question renvoie ainsi à des aspects centraux de la foi catholique.

"Ce qui est en jeu, du point de vue théologique, n'est autre que le 'je crois à la communion des saints' du Symbole des Apôtres. Dans cette communion des saints, la solidarité de l'amour existe non seulement entre les vivants, mais aussi entre ces derniers et les défunts, lesquels sont, eux aussi, des membres du Christ. En effet, l'Eglise est une parce qu'elle vit de l'amour qui vient de l'unique 'Tête', le Christ. Cet amour est répandu dans le 'corps' par l'Esprit (Rm 5,5)". C'est pourquoi la célébration de l'eucharistie apparaît importante lors de funérailles, dans la mesure où elle est "la source ou le lien de la charité".

Aussi est-ce dans le mystère de l'amour du Dieu trinitaire que la messe célébrée à la mémoire d'un défunt peut avoir un sens. Cet amour ne se divise pas, autrement dit ce qui est fait par amour pour l'un profite également à tous. De plus, nous n'oublions pas que Dieu prend toujours au sérieux la liberté et la responsabilité de l'homme. Cela signifie concrètement :

12. Quelle relation y a-t-il entre C'est l'objet du message du pape Jean-Paul II en vue de la Journée Mondiale des missions du 25 octobre 2004 auquel on pourra se reporter.eucharistie et évangélisation ?

A partir de ce que nous avons exprimé concernant ce qu'est l'eucharistie pour le catholique, on peut aisément comprendre la relation qu'il vit entre eucharistie et évangélisation, et ce pourquoi le concile Vatican II a présenté ce sacrement comme étant "source et sommet" de l'évangélisation. (Décret Presbyterorum Ordinis 5,1 ; 5.2 ; 6.5).

En recevant Jésus-Christ, spirituellement présent dans le pain et dans le vin, qui s'offre à lui, par amour, le catholique conscient du mystère qu'il vit et qui l'anime ne peut que désirer en témoigner. Il expérimente dans sa chair le cri de Paul : "annoncer l'Evangile n'est pas pour moi un motif de fierté, c'est une nécessité qui s'impose à moi : malheur à moi si je n'annonce pas l'Evangile" (1 Corinthiens 9,16). Comment taire l'évidence d'être à ce point aimé ? C'est aussi l'expérience que le catholique reconnaît chez les disciples d'Emmaüs : le reconnaissant à la fraction du pain, ils partent et s'en retournent à Jérusalem (Luc 24, 33-35).

Deux textes consacrés à l'eucharistie, l'un catholique (Jésus Christ, pain rompu), l'autre oecuménique (BEM), semblent rivaliser pour traduire cet article de foi :

"Don total de Dieu, l'eucharistie offre la réalité nouvelle qui transforme la vie des chrétiens, afin qu'ils soient à l'image du Christ et deviennent ses témoins efficaces. L'eucharistie est ainsi une précieuse nourriture pour les missionnaires, le pain et le vin des pèlerins, en vue de leur exode apostolique dans le monde. La communauté eucharistique est nourrie de manière à pouvoir confesser en parole et en action que Jésus Christ est le Seigneur qui a offert sa vie pour le salut du monde".

"C'est parce que l'eucharistie l'associe intimement à l'élan pascal du Christ que l'Eglise peut confirmer et renouveler son élan missionnaire... La célébration de l'eucharistie est un moment où l'Eglise participe à la mission de Dieu dans le monde. Cette participation prend forme quotidiennement dans la proclamation de l'Evangile, le service du prochain et la présence fidèle au monde".

L'Eglise catholique va jusqu'à parler de pratique eucharistique (pratique qui se vérifie dans l'engagement historique et concret de la vie quotidienne) et d'éthique eucharistique, pour signifier le comportement quotidien lié à l'Eucharistie. L'eucharistie apparaît alors comme la référence fondamentale de l'Eglise catholique dans sa mission, tandis qu'elle travaille à la transformation du monde en vue du retour du Christ.

Dés lors si les catholiques perçoivent le sens de ce qu'ils célèbrent, ils prennent conscience de leur mission d'évangélisation ; s'ils acceptent de se renouveler dans le mystère de l'eucharistie, ils comprennent qu'à l'image de leur Seigneur, ils sont appelés à témoigner inlassablement, même au prix de leur vie, du don qu'ils ont reçu.

A l'opposé, les participants à l'eucharistie se montrent inconséquents s'ils ne participent pas activement à cette restauration continue de la situation du monde et de la condition humaine.

13. Quelle relation entre le baptême et l'eucharistie ? Faut-il notamment être baptisé pour pouvoir communier ?

Oui, il faut être baptisé pour communier. Dans la droite ligne de l'épître aux Romains au chapitre 6, le droit de l'Eglise catholique l'exprime clairement : "Qui n'a pas reçu le baptême ne peut être validement admis aux autres sacrements" (Canon 842 §1).

Les progrès du mouvement liturgique et du mouvement catéchétique, vécus par l'Eglise catholique au cours du 20ième siècle, ont contribué à mettre ou à remettre l'eucharistie au sommet de l'initiation chrétienne. Selon elle, il y a quelque chose de baptismal dans l'eucharistie. Cela s'impose à priori, étant donné la progression et l'unité de l'Voir la notice "A propos du baptême" qui évoque notamment le lien intime entre les sacrements du baptême, de la confirmation et de l'eucharistie, tous trois requis pour l'initiation chrétienne complète. "C'est dans ses trois sacrements que l'initiation chrétienne fonde l'être chrétien", A.FAYOL-FRICOUT, dans la Croix du 29 avril 2004.initiation chrétienne. Dans les faits, cela se manifeste en ce que les deux sacrements unissent au Christ et donnent une identité ecclésiale, en même temps qu'une responsabilité pour le témoignage évangélique.

Encore faut-il marquer le propre de chacun d'eux. L'eucharistie ne communique pas "plus" le don de Dieu que ne le fait le baptême. Elle le présente autrement, non plus comme une naissance ou une origine, mais comme une nourriture et une boisson par lesquelles les baptisés assimilent la pâque du Christ, entrent dans son sacrifice et actualisent leur appartenance ecclésiale. Baptême et eucharistie sont ensemble "sacrements de la foi", mais ils le sont à deux titres différents et conjoints. Célébrer l'eucharistie, c'est mettre en acte la capacité baptismale que l'on a reçue (constitution dogmatique Lumen Gentium 10,2). Le 'une fois pour toutes' du baptême se module dans 'le chaque fois' de l'eucharistie.

Le statut privilégié de l'eucharistie ne saurait donc conduire à minimiser la valeur des autres sacrements, en particulier du baptême, source permanente de vie chrétienne. Aussi l'Eglise catholique insiste sur le fait que la référence baptismale ne soit pas absente de la liturgie eucharistique (cf. la rénovation de la foi baptismale au cours de la nuit de Pâques) qui se présente toujours comme une nouvelle affirmation de la foi au Christ et confirme l'appartenance à l'Eglise.

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En guise de conclusion

Au terme de ce travail de réflexions et d'échanges, d'écoute et de questionnement mutuels, c'est une nouvelle fois la surprise qui a dominé. Ces autres chrétiens que l'on appréhendait de loin, avec des préjugés hérités, avec de la réserve, sont-ils théologiquement si éloignés de ce que nous croyons et confessons nous-mêmes ? Et si nos perceptions de l'autre nous séparaient davantage de lui que ce qu'il vit réellement ?

Fondamentalement, "nous sommes d'accord pour célébrer la cène-eucharistie en obéissance au commandement du Seigneur qui nous a dit de faire cela en mémoire de lui. Sur ce plan, quoiqu'il en soit des différences liturgiques, notre attitude est la même et nous reconnaissons les mêmes Convictions baptistes et catholiques sur le baptême et la cène-eucharistie, in Le dialogue catholiques-évangéliques, op.cit. p.254.signes".

Est-ce à dire que nous sommes en tout point d'accord ? Non, des différences demeurent, "Nous divergeons dans la compréhension du mémorial et donc du rapport de la célébration au sacrifice unique du Christ, comme au sujet du rapport entre le pain et le vin et le corps et le sang du Christ. Les catholiques affirment dans la foi la présence de l'événement dans la célébration, ainsi que l'identité entre le pain et le vin et le corps et le sang du Christ, tout en respectant la distinction évidente entre ce que fut le corps historique de Jésus, ce qu'est aujourd'hui son corps glorieux et cette présence mystérieuse et cachée, donnée dans des signes. Les baptistes maintiennent la distance entre l'événement accompli une fois pour toutes et l'application de ses effets aujourd'hui, de même que la distance de la métaphore entre la réalité du pain et du vin et le corps et le sang du Christ. Sur ce plan, nous n'avons pas la même interprétation du sacrement dans son rapport à la grâce". Convictions baptistes et catholiques sur le baptême et la cène-eucharistie, in Le dialogue catholiques-évangéliques, op.cit. p.254-255.des accents nous séparent encore, mais les questions se sont déplacées, affinées. Les réponses apportées réduisent les distances, permettent un regard nouveau et une compréhension mutuelle croissante.

"Chacun a pu se rendre compte que le 'discours' propre à (l'autre tradition chrétienne) renvoyait à une 'pratique' cohérente, non seulement rituelle mais S.Knaebel, op.cit., p.73.ecclésiale et existentielle".

Reste maintenant à approfondir et à nourrir cette relation à l'autre, à prier et à oeuvrer ensemble, et à nous laisser personnellement et ecclésialement convertir et transformer par notre unique Seigneur. A ce propos, cette nouvelle notice nous aura encore manifesté combien nos Eglises respectives sont en mouvement, en devenir permanents.

"Est-ce à dire qu'il faille renvoyer aux calendes grecques la perspective d'une commune participation à l'eucharistie ? Cette conclusion s'imposerait sans doute si l'unité était synonyme d'unanimité ou d'uniformité. Mais l'unité, loin d'exclure la différence l'implique à un titre essentiel: différence des formes symboliques, mais aussi des sensibilités théologiques et des traditions spirituelles. (...) Si la fraction du pain devient, pour un nombre croissant de groupes chrétiens, le sacrement de la conversion et du témoignage évangéliques, il n'est pas douteux que les décisions institutionnelles tant attendues seront prises dans un climat de vérité et de S.Knaebel, op.cit., p.74.compréhension mutuelle".

Aussi, dans l'immédiat, nous devons garder à la conscience un fait et un devoir que nous rappellent le texte Baptême, Eucharistie, Ministère.

"Le fait que les chrétiens ne puissent se réunir en une pleine communion à la même table, pour manger le même pain et boire à la même coupe, constitue un affaiblissement de leur témoignage missionnaire individuel et commun" (§ 26).

Le devoir: "Dans la mesure où une Eglise prétend être une manifestation de l'Eglise universelle, elle devrait prendre soin d'ordonner sa propre vie selon des voies qui prennent au sérieux les intérêts et préoccupations des Eglises-soeurs" (§ 19).

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Eléments de bibliographie

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