Une des pierres d'achoppement les plus importantes dans les relations catholiques-évangéliques (et plus largement entre les Eglises évangéliques et l'ensemble des Eglises instituées) est le baptême.
Des assemblées évangéliques "re-baptisent" des catholiques déjà baptisés au sein de leur Eglise. Des catholiques et des protestants mettent en cause la validité du baptême des évangéliques. Cela suscite de nombreuses questions et invite les catholiques et les évangéliques à mieux comprendre ce qu'est le baptême pour les uns et pour les autres.
1. En premier lieu, est-ce que cette pratique qui consiste à baptiser des personnes qui peuvent être déjà baptisées dans leur Eglise, est générale et habituelle ?
2. Alors, pourquoi ce baptême ? Quelle est sa signification pour les évangéliques (pour la personne, pour la communauté, dans la relation à Dieu et à l'Eglise) ?
3. Cela signifie-t-il que vous ne percevez pas les Eglises qui ont initialement baptisé des personnes (qu'elles vous reprochent de "re-baptiser") comme étant vraiment chrétiennes, dans la mesure où nous lisons dans l'épître aux Ephésiens : il y a "un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême" (chapitre 4, verset 5) ?
4. Comment entendez-vous les réactions des Eglises instituées et conséquemment leur propre perception de ce qu'est le baptême pour elles ?
5. Un baptême donné dans les Eglises instituées a-t-il une valeur pour les Evangéliques ? à quelles conditions ?
6. Selon vous, les différentes approches du baptême par les Eglises pourraient-elles être considérées comme complémentaires, où vous paraissent-elles inconciliables, incompatibles ?
7. A un moment où de nombreuses communautés dans les Eglises instituées deviennent nécessairement plus confessantes, à un moment où catéchumènes (adultes) et recommençants (adultes) intègrent des communautés, croyez-vous qu'un rapprochement soit envisageable entre évangéliques et catholiques autour de ces questions ?
8. Quelles interpellations pourriez-vous lancer aux catholiques ?
1. Qu'est-ce que le baptême pour les catholiques ?
2. Comment l'Eglise catholique justifie-t-elle le baptême des enfants ou pédobaptisme ?
3. Existe-t-il des formes prescrites impératives pour que l'administration du sacrement du baptême soit valable ? (Ex.: aspersion ou immersion, liturgie particulière ...)
4. Un baptême pratiqué dans une Eglise évangélique est-il pleinement reconnu par l'Eglise catholique ? Sous quelles conditions ?
5. Lors d'un mariage " mixte " catholique - protestant, les deux conjoints doivent-ils s'engager à faire instruire leurs enfants dans la religion catholique ?
6. L'Eglise catholique a-t-elle prévu des cérémonies qui permettent à un jeune ou à un adulte, à sa libre demande, de confesser sa foi devant l'Eglise et de prendre à son compte les engagements auparavant pris à sa place par ses parents, lors de son baptême en tant qu'enfant ?
7. Est-il possible à des parents catholiques de demander que leur enfant ne soit pas baptisé jusqu'à ce qu'il soit lui-même capable d'en prendre la décision et d'en faire la demande ?
1. En premier lieu, est-ce que cette pratique qui consiste à baptiser des personnes qui peuvent être déjà baptisées dans leur Eglise, est générale et habituelle ?
Se basant sur l'affirmation de Jésus : "Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé..." (Marc 16,16), une grande partie des évangéliques, notamment ceux de conviction baptiste, pense que la foi préalable du baptisé est une condition sine qua non d'un Les évangéliques s'appuient généralement sur la séquence biblique foi - baptême telle qu'elle apparaît en Actes 2,37s. ; 8,12.36s. ; 16,30-33 ; 18,8s.. Cela fait dire à Ch.SPURGEON, prédicateur baptiste du 19ème siècle : "Si nous pouvions trouver (le baptême des nourrissons) dans la Parole de Dieu, nous devrions l'adopter…. Cela nous débarrasserait de reproches qu'on nous fait d'être des gens bizarres qui ne font pas les choses comme tout le monde. Mais nous avons bien sondé les Ecritures et n'avons pas pu l'y trouver et ne pensons pas qu'il y soit ; (et) nous ne pensons pas que d'autres puissent trouver le baptême des nourrissons dans les Ecritures, à moins qu'ils ne l'aient d'abord introduit". (Traduction des auteurs).baptême authentique. Ils considèrent en effet qu'un nourrisson n'a pas la capacité de prendre une décision personnelle et de confesser sa foi. Le baptême ne pourra être valablement pratiqué que lorsque la personne pourra rendre témoignage de sa décision de suivre Jésus et exprimer librement le désir d'être baptisé. Ils suivent en cela la pratique adoptée dés le 16ème siècle par les communautés anabaptistes et par tout le courant baptiste qui a suivi.
Si cette pratique est fréquente elle n'est cependant pas générale : il existe des évangéliques de conviction pédobaptiste. Mais pour être cohérents avec la conception que l'on est sauvé et justifié en Jésus-Christ par la foi seule, ils envisagent son administration dans des conditions bien précises, en tête desquelles des parents chrétiens déclarés et pratiquants.
A titre d'exemple, l'Eglise Evangélique Méthodiste attend de ceux qui veulent devenir membres, une confession personnelle de leur foi en Dieu, Père, Fils et Saint Esprit. Elle n'exige cependant pas un nouveau baptême de la part de ceux qui ont déjà été baptisés dans une autre Eglise de type pédobaptiste.
2. Alors, pourquoi ce baptême ? Quelle est sa signification pour les évangéliques (pour la personne, pour la communauté, dans la relation à Dieu et à l'Eglise) ?
Concernant la signification du baptême, trois "actions" se rejoignent lors d'un baptême, à la lumière des affirmations de la Bible :
La grande majorité des évangéliques croit qu'une confession de foi personnelle doit précéder ou accompagner le baptême pour que cette convergence des trois "actions" puisse être pleinement réalisée.
Pour la personne qui demande le baptême, cet acte signifie qu'elle accepte le pardon de ses péchés acquis par la mort de Jésus-Christ sur la croix et par sa victoire sur le mal et sur la mort. Par le baptême elle porte publiquement le témoignage de l'événement de sa conversion personnelle à Jésus, qui est la nouvelle naissance (Jean 3,3-6). De ce fait, l'accomplissement du baptême ordonné par le Seigneur (Matthieu 28,19-20) est, pour elle, un acte d'obéissance - le premier en somme. La personne signifie aussi que, par son baptême, elle devient membre à part entière de l'Eglise, dans sa dimension locale et universelle, unie avec tous ceux et celles qui confessent Jésus-Christ comme leur Seigneur et Sauveur. En ce sens, le baptême est constitutif de l'Eglise (1 Corinthiens 12,13). La communauté ecclésiale se réjouit chaque fois que "... le Seigneur ajoute à l'Eglise ceux qui sont sauvés..." (Actes 2,47) et qui ont manifesté leur volonté d'intégration en passant par le baptême. Cet acte est ainsi perçu comme un signe d'engagement libre et volontaire à servir Dieu et le prochain dans la communauté des croyants et avec elle (1 Pierre 3,20-22).
3. Cela signifie-t-il que vous ne percevez pas les Eglises qui ont initialement baptisé des personnes (qu'elles vous reprochent de "re-baptiser") comme étant vraiment chrétiennes, dans la mesure où nous lisons dans l'épître aux Ephésiens : il y a "un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême" (chapitre 4, verset 5) ?
Accéder à la demande d'un adulte qui avait été baptisé comme nourrisson, de confesser publiquement, par le baptême, sa foi au Père, au Fils et au Saint Esprit, après avoir vécu une conversion, n'implique pas (ou ne devrait pas impliquer) un jugement sur le degré de "christianité" d'Eglises dont la pratique habituelle est le pédobaptisme.
Un certain nombre d'Eglises évangéliques ont signé le document oecuménique dit de Lima, le "B.E.M.", invitant les signataires à la reconnaissance mutuelle du baptême, de l'eucharistie et des ministères, tels qu'ils sont institués et pratiqués par les autres signataires. Ils évitent donc, en général, de "re-baptiser" sauf en cas de demande insistante et motivée de la part du catéchumène. Les responsables spirituels de la communauté concernée prennent alors leur décision par le moyen d'une approche pastorale de la question.
Les Eglises de type baptiste, quant à elles, sont parfois accusées de pratiquer des re-baptêmes. Dans la grande majorité des cas, le problème se pose en de tout autres termes : quel sens et quelle valeur peut en effet avoir un baptême pratiqué par conformisme social et sans grande discipline spirituelle ? Cette question met en valeur ce qu'est le baptême pour les baptistes : "il célèbre et atteste la nouvelle naissance d'en haut, Pour un approfondissement de cette question, on pourra utilement se reporter à Convictions baptistes et catholiques sur le baptême (voir bibliographie SCHWEITZER).mais il ne l'effectue pas".
4. Comment entendez-vous les réactions des Eglises instituées et conséquemment leur propre perception de ce qu'est le baptême pour elles ?
Les évangéliques peuvent admettre la valeur et l'importance que les Eglises pédobaptistes accordent à l'action de la grâce de Dieu et au ministère de l'Eglise dans l'acte du baptême. Elles déplorent cependant que la démarche de témoignage et d'engagement personnel soit absente. Elles considèrent que les engagements pris par les parents et parrains, aussi sincères et respectables qu'ils soient, ne sauraient remplacer la confession de foi personnelle de la part d'un jeune ou adulte responsable, cela d'autant plus à un moment où l'autorité parentale (et donc la transmission) est de plus en plus affaiblie.
Les Eglises évangéliques se réjouissent lorsque les Eglises instituées approfondissent leur pastorale de l'initiation chrétienne, mais elles déplorent cependant certaines pratiques qui leur apparaissent sans discernement ni discipline.
Par ailleurs, les évangéliques ne peuvent accepter l'accusation de "blasphème" qui leur est parfois faite, quand on leur reproche d'employer le nom de Dieu en vain à l'occasion du baptême d'un adulte qui avait déjà été baptisé comme enfant. En effet, disent les accusateurs, quelle que soit la forme et le moment du baptême, celui-ci est toujours pratiqué "au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit". Le fait d'invoquer une seconde fois le Trinité laisserait entendre qu'une fois au moins, celle-ci aura été invoquée abusivement. Or, ce qui est en cause, ce n'est pas la formule parce qu'elle donnerait sens par elle-même au baptême, mais c'est l'adhésion personnelle du croyant à l'offre de la grâce de Dieu, adhésion qui est absente lors du baptême du nourrisson.
5. Un baptême donné dans les Eglises instituées a-t-il une valeur pour les Evangéliques ? à quelles conditions ?
Les évangéliques n'ont en général pas de problèmes pour reconnaître la validité du baptême administré par une autre Eglise à une personne qui en avait fait la demande alors qu'elle était consciente et responsable.
En ce qui concerne le baptême des petits enfants, elles reconnaissent l'importance d'appeler la bénédiction divine sur un enfant et de permettre aux parents de prendre, devant l'Eglise, l'engagement d'élever les enfants dans la foi chrétienne. " Laissez venir à moi les petits enfants..." a dit Jésus à des parents qui voulaient lui présenter leurs enfants. Et Jésus "les prit dans ses bras et les bénit en leur imposant les mains" (Marc 10,16). Pour les évangéliques, le fait de présenter les petits enfants à la grâce divine et d'appeler sur eux la bénédiction du Seigneur a un fondement biblique, quelle que soit l'Eglise où cet acte a été pratiqué. La démarche des parents, à cet effet, mérite aussi d'être reconnue. Cependant, dans la mesure où est absente la confession de foi de la part de la personne autonome et responsable, l'intégralité des éléments de la signification du baptême n'est pas réalisée.
6. Selon vous, les différentes approches du baptême par les Eglises pourraient-elles être considérées comme complémentaires, où vous paraissent-elles inconciliables, incompatibles ?
Deux approches complémentaires existent et sont pratiquées ici et là :
- a. Dans la perspective de ce qui précède (cf.5), un acte de "présentation" est parfois célébré par l'Eglise, à la demande des parents d'un petit enfant. Cet acte, même s'il est proposé, ne peut, de toutes façons, tenir lieu de baptême que l'enfant devenu adulte devra demander, à partir de sa confession de foi et de son engagement personnel. Appeler la grâce de Dieu sur le nourrisson n'assure pas son salut, mais peut le prédisposer à s'ouvrir favorablement à cette grâce.
- b. Dans le cas d'un adulte baptisé lorsqu'il était enfant, qui par la suite a découvert la foi en Christ après un certain temps d'absence de relation avec toute Eglise, l'Eglise d'accueil lui donne l'occasion, à sa demande, d'exprimer sa foi en Dieu Père, Fils et Saint Esprit, ainsi que sa volonté d'engagement dans l'Eglise, lors d'une cérémonie de "réception de membre". Cet acte n'implique pas l'exigence d'un nouveau baptême.
Ces deux approches ne sont toutefois proposées que par certaines Eglises évangéliques.
7. A un moment où de nombreuses communautés dans les Eglises instituées deviennent nécessairement plus confessantes, à un moment où catéchumènes (adultes) et recommençants (adultes) intègrent des communautés, croyez-vous qu'un rapprochement soit envisageable entre évangéliques et catholiques autour de ces questions ?
Il est certain que, dans un contexte de "déchristianisation" de la société occidentale, toutes les Eglises seront de plus en plus souvent confrontées à des demandes de baptême de la part de personnes non baptisées issues de familles non pratiquantes et qui découvrent tardivement la foi chrétienne. Cela devrait faciliter une reconnaissance mutuelle des baptêmes pratiqués dans de telles circonstances, par des catholiques et des évangéliques.
8. Quelles interpellations pourriez-vous lancer aux catholiques ?
Accorder plus d'importance au "signifié" qu'au "signifiant", c'est-à-dire considérer avant tout le sens théologique, anthropologique, sotériologique et symbolique du baptême et éviter de se contenter d'une perception exclusivement rituelle et "magique", attribuée à un sacrement qui serait efficace "ex opere operato". En ce qui concerne la foi on peut prier, espérer, témoigner en faveur d'un autre, mais non s'engager à sa place, car l'appel à la foi est éminemment personnel, comme l'est également la réponse, sous l'action de l'Esprit Saint.
1. Qu'est-ce que le baptême pour les catholiques ?
Pour l'Eglise catholique, le baptême est, tout à la fois :
Pour l'Eglise catholique, tout cela traduit la dimension sacramentelle du baptême, c'est-à-dire l'engagement de l'Esprit et, en réponse, celui de la personne baptisée. Le baptême met le baptisé "en présence de quelque chose qui le dépasse : la vie, la passion et la mort de Jésus à laquelle il est invité à se conformer... Il dévoile une identité nouvelle qui est un Toutes les citations qui suivent sont extraites de S.KNAEBEL, p.49-59 (voir bibliographie)don de Dieu". Mais, quoique le baptême doive être reçu dans la foi, la réalité du sacrement du baptême ne dépend pas de la foi du baptisé, mais de l'Esprit de Dieu qui agit (aussi) par l'Eglise.
2. Comment l'Eglise catholique justifie-t-elle le baptême des enfants ou pédobaptisme ?
Cette nouvelle question découle bien évidemment des réponses qui viennent d'être apportées. Comment un nourrisson peut-il répondre en conscience ? Comment peut-il s'engager personnellement ? Il est évident qu'il y a là une question de fond. Dans la mesure où, effectivement, les nourrissons ne sont pas en mesure de poser un acte responsable, comment l'Eglise catholique, qui affirme que le baptême est aussi réponse humaine, peut-elle justifier leur baptême ? Pour ce faire, elle avance plusieurs éléments de réponse. En premier lieu, l'accueil des nouveau-nés au baptême signifie que l'action de Dieu est première et que toute initiative lui revient. "Ce baptême nous convie à croire qu'en précédant l'avènement de notre liberté, Dieu ne la détruit pas mais la recrée".
Ensuite, l'entrée du nouveau-né dans l'Eglise "témoigne que l'action de Dieu n'est pas liée à notre degré de prise de conscience ni à nos capacités. Dieu agit de manière permanente et progressive".
Enfin, il y a la dimension ecclésiale. "L'enfant est initié dans une foi qui est nécessairement ‘la foi de l'Eglise'.... C'est le rôle, (mais aussi la responsabilité) de l'Eglise que de précéder et d'englober ainsi la foi du baptisé". "Pour être fidèle au baptême de ses enfants, (l'Eglise) ne peut s'installer dans une attente passive, mais doit prendre à son compte, pour en vivre, le mouvement du baptême, le grand passage de la mort à la vie, de l'ancien monde au nouveau". C'est là qu'il faut évoquer les parents, parrain et marraine qui présentent l'enfant au baptême, il s'agit d'une solidarité essentielle.
Dans ce qu'elle perçoit être la logique du don toujours premier de Dieu, et de "la pure gratuité de la grâce du salut", l'Eglise catholique se fait un devoir d'accueillir, désireuse qu'elle est de vivre "une pastorale de l'amour désintéressé qui Documents-Episcopat, Les sacrements de l'initiation chrétienne, I.accueille et qui écoute". "La pastorale sacramentelle a une dimension essentielle d'accueil... : accueil des personnes, accueil des démarches". C'est là sans doute un des arguments essentiels de l'Eglise catholique pour justifier sa pratique du pédobaptisme.
L'Eglise catholique n'a certes pas été en tout temps et en tout lieu conséquente et consciente de ses responsabilités. Dans un contexte où la majorité des personnes étaient catholiques, les exigences se faisaient moins pressantes. Dans une société catholique, le risque est évidemment que le baptême devienne un rite d'intégration sociale, en même temps qu'une garantie de salut, qui laissent en second plan le don de Dieu mais aussi la dimension existentielle du baptême, et donc la nécessité de la conversion et de la coopération personnelles.
A la suite d'hommes et de femmes d'Eglise, le concile Vatican II (1962-1965) a réagi à cela ; on peut par exemple lire dans la constitution dogmatique Lumen Gentium (14) qui aborde la question des fidèles laïcs : "... n'est pas sauvé, même s'il est incorporé à l'Eglise, celui qui, faute de persévérer dans la charité, demeure dans le sein de l'Eglise ‘de corps ‘, mais non pas ‘de coeur'. Au surplus, tous les fils de l'Eglise se rappelleront qu'ils ne doivent pas attribuer leur condition privilégiée à leurs propres mérites, mais à une grâce spéciale du Christ ; et que, s'ils n'y correspondent pas dans leurs pensées, leurs paroles et leurs actes, bien loin d'être sauvés, ils seront jugés plus sévèrement". Et le texte renvoie à Saint Augustin et aux évangiles de Luc (12,48) et Matthieu (5, 19-20 ; 7, 21-22 ; 25,41-46). La Congrégation pour la Doctrine de la Foi, dans une Instruction du 20 octobre 1980, consacrée au Dans la Documentation catholique, 1980, p.1112baptême des petits enfants, dit également : "Des garanties doivent être assurées pour que ce don (du baptême) puisse se développer par une véritable éducation de la foi et de la vie chrétienne... Si ces garanties ne sont pas sérieuses, on pourra être amené à différer le sacrement, et on devra même le refuser si elles sont certainement nulles" (n°28).
Ainsi l'Eglise catholique vit une tension dynamique entre l'impératif de l'accueil, en témoignage de l'amour prévenant de Dieu, et la nécessité de prendre au sérieux le don de Dieu. Cette tension favorise des recherches au plan pastoral, tels les "points de repère en pastorale sacramentelle" proposés par l'Episcopat français en 1994. On peut y lire : "La pastorale sacramentelle... est une pastorale de la foi et de l'initiation à la foi et à la vie chrétienne... La proposition sacramentelle fait partie de l'oeuvre d'évangélisation... aussi faut-il tendre à faire de (la) demande (du baptême) un chemin d'évangélisation.... (Autrement dit), il ne suffit pas d'accueillir. Il faut aussi permettre une progression. C'est là que se trouve l'exigence missionnaire".
A ce point de la réflexion, il convient de rappeler que si le baptême est, pour l'Eglise catholique, un sacrement de l'initiation, il n'est pas le seul. "L'engagement de l'Esprit lors du baptême est confirmé au deuxième sacrement de l'initiation" qu'est la confirmation, précisément. Cette dernière "n'ajoute rien au baptême, elle déploie et prolonge sa signification pour l'aujourd'hui du croyant. Elle actualise le baptême et ainsi le porte à son terme". "La confirmation s'inscrit dans le déploiement du baptême... Le baptême appelle la confirmation. Il n'est pas normal que la confirmation apparaisse souvent comme un sacrement facultatif... Il est indispensable de redire régulièrement que tous les baptisés doivent être confirmés" (Documents Episcopat cité, I-12). Elle représente un moment de l'engagement inhérent au baptême que le baptisé (alors qu'il était petit enfant) doit reprendre pour lui-même et en son nom propre. "Le chrétien est alors invité à célébrer dans le sacrement les nouveaux progrès de la vie dans l'Esprit On pourrait également évoquer ici le "sacrement de pénitence" qui - sur le chemin de conversion permanente auquel est invité le chrétien -, constitue en quelque sorte un nouveau baptême. "La célébration du sacrement de pénitence et de réconciliation (confession) est la première rénovation du baptême, puisque le sacrement du baptême est la première pénitence et réconciliation" (Documents Episcopat cité, I - 12).déjà accomplis et encore à venir" .
Le concile Vatican II, une fois encore, "a clairement resitué la confirmation dans le sillage du baptême" et ainsi réaffirmé leur interdépendance radicale (cf. Lumen Gentium 11), rendant de la sorte à l'unité originelle dont ils sont issus ces deux sacrements, dissociés au cours de l'histoire (dès le 5ème siècle). Le texte conciliaire est on ne peut plus clair : "Les fidèles..., après avoir été régénérés pour devenir enfants de Dieu, ... sont tenus à professer publiquement la foi qu'ils ont reçue de Dieu par l'Eglise, à laquelle le sacrement de confirmation les unit plus étroitement grâce à l'Esprit Saint qui les enrichit d'une force particulière". La confession de foi personnelle est une étape essentielle de l'actualisation de la grâce baptismale, elle lui permet de porter tous ses fruits. "La plénitude du sacrement, c'est l'ensemble baptême - confession de foi et Voir Convictions baptistes et catholiques…1.a.conversion dans la charité" .
3. Existe-t-il des formes prescrites impératives pour que l'administration du sacrement du baptême soit valable ? (Ex.: aspersion ou immersion, liturgie particulière ...)
Pour qu'un baptême soit valide pour l'Eglise catholique, deux conditions de forme sont requises. La première a trait à l'eau (à partir de sa symbolique dans les Ecritures), que le baptême soit fait par Usage qui consiste à répandre l'eau bénite sur la tête du baptisé. Il débuta au VIIIème siècle et se généralisa à partir du XIIème.infusion, par aspersion ou par immersion. La seconde consiste en la formule trinitaire : le baptême est célébré au nom du Père, du Fils et du Cf. Le chapitre consacré au baptême et notamment le §17 du Document de Lima : Baptême, Eucharistie, Ministère.Saint-Esprit.
Il est en outre nécessaire que le baptême soit donné "dans l'intention de l'Eglise", quel que soit celui ou celle qui baptise (clerc ou laïc, croyant ou incroyant).
4. Un baptême pratiqué dans une Eglise évangélique est-il pleinement reconnu par l'Eglise catholique ? Sous quelles conditions ?
Un baptême pratiqué dans une Eglise évangélique est pleinement reconnu si les deux conditions exprimées ci-dessus sont remplies. Le principe est aujourd'hui la reconnaissance, sauf si, bien évidemment, la confession de foi de l'assemblée n'est pas chrétienne.
5. Lors d'un mariage " mixte " catholique - protestant, les deux conjoints doivent-ils s'engager à faire instruire leurs enfants dans la religion catholique ?
Lors de mariages mixtes, l'Eglise catholique demande au conjoint catholique de promettre de faire son possible pour que les enfants soient baptisés et éduqués dans la foi catholique. C'est de bonne guerre, pourrait-on dire ! Même s'il est à noter que cette demande de l'Eglise catholique Ce n'est pas le cas dans les Eglises orientales par exemple : aucune demande de la sorte n'est exprimée à un couple dont un conjoint est orthodoxe. Et au Liban, les enfants sont toujours baptisés dans l'Eglise et dans la foi du père.n'existe pas telle partout. Toutefois, la décision concernant ce baptême et cette éducation revient toujours au couple, et en cas de désaccord d'ordre confessionnel, il est évident que l'essentiel, d'un point de vue pastoral, est que l'enfant soit éveillé aux fondements de la foi chrétienne sur lesquels les conjoints s'accordent, en dépit de leurs différences.
6. L'Eglise catholique a-t-elle prévu des cérémonies qui permettent à un jeune ou à un adulte, à sa libre demande, de confesser sa foi devant l'Eglise et de prendre à son compte les engagements auparavant pris à sa place par ses parents, lors de son baptême en tant qu'enfant ?
Comme nous l'avons évoqué en 2., il existe une célébration particulière qui s'inscrit et achève ce que l'Eglise catholique appelle "les sacrements de l'initiation chrétienne". Il s'agit de la confirmation au cours de laquelle le jeune est invité personnellement à assumer son baptême ; et simultanément l'évêque qui confirme (il est seul habilité à le faire) assume le baptême fait par le prêtre. Les sacrements de l'initiation forment un tout : ils permettent aux parents d'être cohérents avec leur foi en demandant le baptême pour leur enfant, et à l'enfant de ratifier en quelque sorte le choix des parents en demandant la confirmation. Autrement dit, le baptême n'est que le commencement, que le premier temps de l'initiation. "Il n'est pas un acte isolé, sans lendemain, mais ... le début d'une vie nouvelle,... la première étape d'un chemin sur lequel le baptisé doit avancer, accompagné par l'Eglise" (Documents Episcopat 1 - 7). Il n'est donc vraiment achevé qu'avec la confirmation. Et le baptisé n'est pleinement membre de l'Eglise qu'au terme de cette initiation constituée par le baptême et par la confirmation. "C'est dans un lien organique avec le baptême et l'eucharistie que le sacrement de confirmation (doit être) vécu". "C'est ainsi que les trois sacrements de l'initiation chrétienne conduisent ensemble à leur pleine stature les fidèles qui exercent, dans l'Eglise et dans le monde, la mission de tout le Ceci fait dire à certains catholiques que l'Eglise catholique n'est pas pédobaptiste au sens étroit du terme ; autrement dit, il ne suffit pas d'être baptisé comme petit enfant ! La non ratification du baptême par la confirmation signifie effectivement que l'initiation n'est pas achevée et que l'appartenance à l'Eglise n'est pas plénière.peuple chrétien" (Documents Episcopat 2-1, I).
En fonction des lieux, des époques, et tout particulièrement lorsque la confirmation devient obligatoire pour une tranche d'âge donnée, la forme rituelle peut occulter le sens profond de la démarche et de l'engagement. On rejoint là des questions relevant de logiques sociales et culturelles. De ce point de vue, l'Eglise catholique connaît aujourd'hui une situation inédite par son ampleur, répondant ici à des demandes de parents qui souhaitent faire baptiser leurs enfants avec un minimum de préparation, et exigeant là un long chemin de préparation auprès d'adultes qui demandent le baptême pour eux, à partir d'une 2335 personnes adultes ont reçu le baptême en 2002 au sein de l'Eglise catholique, 2374 en 2003 (chiffres du Service national du catéchuménat de la Conférence des évêques de France).conversion personnelle. En ce qui concerne ces derniers, la célébration de leur confirmation est liée à celle du baptême, dans la même action liturgique, et précède le don de l'eucharistie.
7. Est-il possible à des parents catholiques de demander que leur enfant ne soit pas baptisé jusqu'à ce qu'il soit lui-même capable d'en prendre la décision et d'en faire la demande ?
Faire ou non baptiser ses enfants relève de la seule responsabilité des parents. Certains préfèrent effectivement aujourd'hui laisser le choix à leurs enfants en évitant de les faire baptiser. Mais, et cela peut paraître paradoxal à un évangélique, cette manière de faire de la part de catholiques croyants posera plutôt question aux croyants eux-mêmes, au sein de l'Eglise catholique. En effet, en tant que catholiques croyants et pratiquants, ils auront spontanément le désir de faire baptiser leur enfant lors de son plus jeune âge ; c'est là encore, pour eux, une question de cohérence. Ils font entrer l'enfant dans leur acte de foi et leur appartenance "L'Eglise et les parents priveraient dés lors l'enfant de la grâce inestimable de devenir enfant de Dieu, s'ils ne lui conféraient le baptême peu après leur naissance. Par conséquent, il faut continuer à promouvoir la pratique de baptiser les enfants au plus tôt…" (Documents Episcopat, I - 4).au nom de leur foi en la grâce, sachant qu'il devra lui-même signifier son choix le jour venu.
Cette cohérence peut être entendue comme la conséquence d'une tradition propre à l'Eglise catholique, ou comme un vestige culturel étant donné ce qu'a pu vivre cette Eglise en certains lieux et à certains moments de son histoire, mais elle peut aussi être entendue comme le fruit d'une conviction profonde et exigeante.
Il est évident que les évolutions religieuses contemporaines conduisent l'Eglise catholique à interroger certaines de ses manières de faire, dont certaines multiséculaires, et mettent en question un christianisme vécu comme héréditaire et culturel. Et les réflexions actuelles portent sur le don de Dieu, sur la grâce baptismale, que certains prêtres s'interdisent de "brader" ou à banaliser sous prétexte qu' "on a toujours fait comme ça", ou que le rite est entendu comme une garantie ou un sauf-conduit, mais aussi sur le choix et l'engagement du baptisé-confirmé et de son entourage, et enfin sur l'éveil de la communauté ecclésiale à sa responsabilité, et à la réalité de sa foi communautaire.
"Essayer de comprendre les raisons profondes de l'attitude de chacun et de ses réactions", c'est ce que vise en premier lieu cette notice. Et, de fait, derrière les approches trop simplistes que nous avons les uns des autres, au-delà des schèmes et parfois des caricatures, se dessinent des motifs bibliques, théologiques, ecclésiologiques, pastoraux, culturels et historiques aussi, qui obligent à nuancer, à mieux comprendre, à dédramatiser, et à dialoguer...
A partir d'un accord fondamental concernant les responsabilités respectives de Dieu, de l'Eglise et de la personne dans le baptême, ce sont bien des accents, des points d'insistance, qui nous différencient concernant tout particulièrement l'efficacité propre du baptême, et l'articulation entre foi de la communauté croyante et foi personnelle.
Certes, et nous l'avons entendu aussi à travers ces lignes, ce qui paraissait être un fossé infranchissable hier s'est atténué, et s'atténue encore, du fait de la conversion des Eglises, et des évolutions sociales, culturelles et religieuses en cours. La redécouverte et l'approfondissement de la confirmation (à laquelle le réformateur strasbourgeois Martin BUCER était resté attaché) et de l'initiation chrétienne par l'Eglise catholique, mais aussi du caractère missionnaire de l'Eglise, et du caractère permanent de la formation chrétienne, sont autant d'occasions à nous regarder différemment, à nous parler et à nous considérer en chemin dans et vers l'unique Christ...
Un chemin sur lequel nos différences, nos singularités sont autant d'invitations à la réflexion, à l'interpellation et à l'approfondissement, qui toutes ont quelque chose à voir avec l'initiation chrétienne !