1. De la tradition ou de la Bible quelle est chez les catholiques l'Autorité suprême ?
2. A côté de la Bible et des évangiles, les catholiques ont élaboré beaucoup de textes: conciles, encycliques... Quelle est la valeur de ces textes par rapport aux textes bibliques ?
3. Pourquoi les catholiques acceptent-ils des livres dits apocryphes ?
4. Quelle est la position de l'Eglise catholique concernant les autres traductions et versions de la Bible que la sienne ?
5. Quelle place occupe la méthode historico-critique chez les catholiques ?
6. L'Eglise catholique encourage-t-elle la lecture de la Bible ? Et pourquoi à certains moments de son histoire a-t-elle montré des réticences ?
7. A quelle proposition adhère plus spontanément le catholique: la Bible est-elle la Parole de Dieu, ou la Parole de Dieu se révèle-t-elle dans la Bible ?
1. La Bible occupe une place première et fondamentale dans toute confession de foi évangélique, pourquoi ? Que représente-t-elle pour les évangéliques ?
2. En parlant de l'Ecriture Sainte, certains évangéliques évoquent son inerrance, son infaillibilité, que veulent-ils dire ?
3. Quelle est, selon vous, la part de la personne humaine dans la réception, la rédaction, la lecture et l'interprétation de la Parole de Dieu ?
4. Comment la Parole de Dieu est-elle régulée au sein de l'assemblée évangélique ? (Y a-t-il des moyens de régulation...)
5. Comme le titre de manière un peu provocante un ouvrage des éditions La Bible : une pomme de discorde, Ulrich LUZ éd., Essais bibliques n°21, Genève, Labor et Fides, 1992Labor et Fides, la Bible est et a toujours été une pomme de discorde entre chrétiens et même au sein du courant évangélique, en fonction du type de lectures et d'interprétations auxquelles elle a donné lieu. A quelles conditions la Bible peut-elle réunir évangéliques et catholiques autour d'une même table ?
6. Que souhaiteriez-vous dire à un catholique pour l'encourager à lire et à approfondir la Bible ?
1. De la tradition ou de la Bible quelle est chez les catholiques l'Autorité suprême ?
Le Concile Vatican II et, particulièrement, la constitution dogmatique "Dei Verbum", promulguée le 18.11.1965, a exprimé avec force la centralité et la primauté des Saintes Ecritures: "inspirées par Dieu et consignées une fois pour toutes par écrit, elles nous communiquent, de façon immuable, la parole de Dieu lui-même... Parole de Dieu (qui) se présente comme le soutien et la vigueur de l'Eglise et, pour les fils de l'Eglise, comme la solidité de la foi, la nourriture de l'âme, la source pure et intarissable de la vie spirituelle" (§21). Le 'retour' à l'Ecriture a été une des grandes avancées du concile Vatican II.
L'Eglise catholique a ainsi opéré un rééquilibrage, la Tradition ayant été surévaluée à certaines époques de son histoire. Cela est particulièrement notable au moment de la Réaction de l'Eglise catholique à la Réforme conduite par Luther, Calvin, Zwingli..."Contre-Réforme". "Des théologiens ont alors élaboré une théorie des "deux sources de la foi: l'Ecriture et la Tradition", mises sur le même plan avec une "Pierre GRELOT, Qu'est-ce que la Tradition ?, Vie Chrétienne n°327, 1989égale autorité". Pourtant, ce n'était pas la pensée énoncée durant le Concile de Trente (1546): le décret qui traite alors de cette question posait en principe qu'il y a une seule source de la foi: l'Evangile, "source de toute vérité salutaire et de toute règle morale".
Cela étant dit, il est nécessaire de dire que l'Ecriture Sainte est elle-même le fruit de la tradition; il n'y a pas de Nouveau Testament avant l'Eglise, pas de Bible avant le peuple de Dieu: elle est le témoignage direct et inspiré de la tradition apostolique. La Tradition vivante provient des apôtres. En ce sens, l'Eglise catholique insiste sur le fait qu'Ecriture et Tradition ne doivent jamais être séparées l'une de l'autre. Il faut toutefois distinguer la tradition apostolique de cette autre tradition "qui englobe l'Ecriture dans le 'dépôt' transmis"; elles ne sont pas de même nature . Cette dernière - que l'on appelle tradition ecclésiastique - "s'est même chargée au cours des siècles d'éléments dérivés qu'on ne peut regarder comme primitifs". Mais la distinction entre la tradition originaire des apôtres et ce que nous a transmis l'histoire ecclésiastique n'est pas toujours aisée.
De plus, toute Eglise lit et interprète la Bible et certains de ses passages en fonction de traditions d'interprétation. Les Eglises doivent donc veiller à ce que l'Ecriture Sainte demeure le critère premier de discernement de cette Parole de Dieu vivante et agissante dans la Tradition. Le magistère catholique, dans sa volonté légitime de garder intact et Cf. 2 Timothée 1, 14.vivant l'Evangile dans l'Eglise, a pu, au cours de son histoire, se substituer à la Parole de Dieu, oubliant que c'est elle qui le fonde et le juge. Le "Magistère n'est pas au-dessus de la Parole de Dieu; il la sert".
En dépit des vicissitudes de l'histoire, la parole du magistère catholique est aujourd'hui claire: "la Sainte Ecriture est l'Jean-Paul II, Encyclique sur l'engagement oecuménique (1995), Ut unum sint, 79autorité suprême en matière de foi".
2. A côté de la Bible et des évangiles, les catholiques ont élaboré beaucoup de textes: conciles, encycliques... Quelle est la valeur de ces textes par rapport aux textes bibliques ?
En premier lieu, il est sans doute utile de rappeler que textes conciliaires, dogmes, éclairages et précisions doctrinaux, remontent aux premiers siècles de l'Eglise (cf. Actes 15, le "concile" de Jérusalem !) et ne sont donc pas nés avec l'Eglise catholique romaine (telle qu'on l'entend à partir des Réforme et Contre-Réforme du 16ème siècle). Cela dit, il existe effectivement de nombreux textes au sein de l'Eglise catholique dont les statuts et degrés d'autorité sont très variés en fonction de ceux qui les promulguent et du caractère des Voir note encadrée un peu plus loin.enseignements donnés et des décisions prises.
Parfois, dans des textes majeurs, les références à des papes ou à la tradition ecclésiastique sont plus nombreuses que les références aux textes bibliques; et il existe effectivement une tendance à tout mettre sur le même plan chez certains catholiques: la parole du pape, le texte de tel saint ou témoin, ou un verset biblique. Pour autant, comme nous le disions en réponse à la première question, la Parole de Dieu est première. Le pape Jean Paul II l'a encore rappelé dans sa présentation du Code de Droit Canonique de 1983 (Centurion-Cerf-Tardy) p.XII.Tout texte, tout enseignement doit avoir sa source première dans la Sainte Ecriture. Il faut néanmoins bien comprendre l'intention de ces textes; ils sont là pour aider à la compréhension de certains points concernant la Révélation, dans un contexte et à un moment donnés: il s'agit d'un travail pastoral de clarification. Le magistère n'entend "rien ajouter de neuf au dépôt de la foi, mais éclaire ce qui jusque là pouvait paraître obscur, ou détermine ce qui était Denzinger 3683, 4151,4534.mis en question". Conscients qu'ils sont relatifs à la Parole de Dieu, pape et évêques affirment qu'ils "ne reçoivent pas de nouvelles révélations publiques" et que "l'assistance de l'Esprit Saint n'est pas accordée au pape pour proclamer de Denzinger, 4150s (2ème Concile du Vatican), 4534 (Paul VI), 3070 (1er Concile du Vatican).nouveaux enseignements".
"Parmi les taches principales des évêques, l'annonce de l'Evangile est la plus éminente". Cette affirmation de la constitution dogmatique Lumen Gentium (Concile Vatican II) redit une fois encore aux catholiques que le magistère et les décisions et écrits magistériels sont au service de la Parole de Dieu.
Note : Il n'est pas possible d'évoquer ici les différents organes de décisions magistérielles au sein de l'Eglise catholique et leur autorité, pas davantage les degrés d'autorité des différents textes élaborés par ces organes. (Ces degrés d'autorité concernent aussi les seules déclarations du pape, déjà très diverses. Cf. lettre, exhortation, décret, bulle, encyclique, etc.). Disons toutefois que "le magistère arrive à un jugement à l'aide surtout des conciles et synodes" (Denzinger 3069). "Le pouvoir suprême à l'égard de l'ensemble de l'Eglise dont jouit le collège des évêques est exercé de façon solennelle au concile oecuménique" (Denzinger 4146), parce que ce "concile représente (précisément) l'ensemble de l'Eglise" (Denzinger 1247s). Cela dit, un rapide regard sur les différents documents que contient le dernier concile par exemple (Vatican II, 1962-1965) révèle des textes très différents par leur autorité : une déclaration n'a pas valeur d'un décret, et moins encore d'une constitution dogmatique.
3. Pourquoi les catholiques acceptent-ils des livres dits apocryphes ?
L'histoire du canon des Ecritures (la formation du recueil des livres qui fait autorité dans l'Eglise) est passionnante et d'une L'idée d'un canon apparaît formellement avec Marcion au milieu du 2ème siècle. Le "Canon de Muratori" (200 après J.C.), sans doute d'origine romaine, propose une 1ère liste des livres du N.T. (mais très lointaine de l'actuelle).grande complexité. Ce recueil n'a pas été établi fermement au lendemain de la mort des apôtres, il s'est constitué très progressivement et jusque très tard.
Tout d'abord, pour le catholique, est dit apocryphe un livre qui n'a pas été retenu par la tradition, parce que son authenticité ou son origine paraissait douteuse; selon lui, il n'y a donc pas plus d'apocryphe dans sa Bible que dans toute Bible; le propre d'un livre apocryphe est précisément de ne pas figurer dans la Bible, quels que soient son ancienneté et son intérêt. Les livres propres à la Bible catholique (anglicane - pour partie - et orthodoxe) sont dits deutérocanoniques. C'est à dire qu'ils ne sont pas considérés comme strictement canoniques par les catholiques eux-mêmes. Ils ne concernent que l'Ancien Testament et sont au nombre de sept : Judith, Tobie, 1 et 2 Maccabées, Sagesse, Siracide et Baruch; il faut y ajouter les fragments de livre - en grec - d'Esther, de la Lettre de Jérémie et de Daniel. Dés le 4ème siècle et jusqu'au Moyen Age, ces livres
ont été source de conflits ; certains exégètes, dont Jérôme (347-420), s'opposant à la majorité qui les reconnaissait. Ce n'est qu'au Concile de Florence (17ème L'oekoumène en grec signifie le monde habité, et, par extension : universel. Il faut distinguer ce qualificatif lorsqu'il est appliqué à l'Eglise indivise (avant les ruptures entre catholiques et orthodoxes et entre catholiques et protestants), oecuménique signifiait alors l'ensemble de l'Eglise répandue sur la terre, et lorsqu'il concerne la seule Eglise catholique, oecuménique signifiant alors l'ensemble de l'Eglise catholique répandue sur la terre. L'oecuménisme, quant à lui, désigne l'ensemble des efforts des diverses Eglises pour parvenir à la réunification des chrétiens.concile oecuménique), en 1442, que ces livres furent intégrés dans les livres reconnus par l'Eglise. Mais la lecture des décisions conciliaires ultérieures révèle que plus d'un siècle après (Concile de Trente, 1545-1563), de nombreuses éditions différentes se A partir de l'édition qu'il en en mains, le chrétien - quelle que soit son appartenance confessionnelle ou dénominationnelle - ne sait pas nécessairement qu'en amont son édition représente de nombreux choix entre manuscrits, variantes, versions anciennes et modernes. Autrement dit, le texte biblique, comme tout texte ancien, comporte des parties attestées et transmises sous plusieurs formes. Les principales éditions actuelles se réfèrent aux textes les plus anciens.côtoyaient encore. A tel point que le concile "considère qu'il ne sera pas peu utile pour l'Eglise de Dieu de savoir, parmi toutes les éditions latines des Livres Saints qui sont en circulation, celle qu'on doit tenir pour officielle". Et "il décide et déclare que la vieille édition de la Vulgate (traduction de Jérôme), approuvée dans l'Eglise par le long usage de tant de siècles, doit être tenue pour officielle"... La Bible catholique officielle est née, sous la pression de la Réforme ! Mais jusque là de nombreuses éditions coexistaient et les livres non retenus dans la Bible protestante devaient faire Les Réformateurs, dans leur souci d'aller aux sources les plus anciennes ont en réalité repris le canon hébraïque des Ecritures.l'objet de vives discussions. Il y avait donc jusqu'à cette époque plusieurs canons, au moins dans la pratique de l'Eglise !
Le catholique, en toute innocence, s'interroge spontanément sur la raison pour laquelle les protestants ont jugé bon de retrancher ces livres que l'Eglise avait gardés jusqu'au 15ème siècle...
4. Quelle est la position de l'Eglise catholique concernant les autres traductions et versions de la Bible que la sienne ?
Peu de textes catholiques évoquent cette question, sauf lors de confrontations difficiles et douloureuses. Ils sont alors évidemment critiques, comme ce fut le cas au lendemain de la Réforme et particulièrement lors du Concile de Trente.
Le mouvement oecuménique et l'ouverture conciliaire (concile Vatican II) ont permis une évolution considérable, et nombreux sont les groupes bibliques oecuméniques qui sont nés au cours du siècle dernier, utilisant bible de Jérusalem, bible Segond ou TOB (traduction oecuménique de la Bible). La lecture et l'étude de la Bible en commun sont donc conseillées, mais aussi la préparation et l'édition des Cf. Dei Verbum §22 et le Canon 825 §2 du Code de Droit canonique.traductions des Saintes Ecritures.
L'insistance du magistère catholique porte sur "les explications nécessaires et vraiment suffisantes, pour que les fils de l'Eglise fréquentent les Ecritures en toute sécurité et de manière profitable, et se pénètrent de leur esprit" (Dei Verbum §25).
Cela étant dit, on entend encore de la part de certaines personnes - celles peut-être qui savent que des différences existent: "mais c'est une bible catholique", ou "c'est une bible protestante"; il faudra sans doute encore du temps pour que la différence soit considérée comme une richesse et l'occasion d'un approfondissement.
5. Quelle place occupe la méthode historico-critique chez les catholiques ?
D'abord vigoureusement condamnée par le décret "Lamentabili" du Saint Office, le 3 juillet 1907, sous le titre "erreurs des modernistes", "l'exégèse catholique, qui se dispose au travail de comprendre et d'expliquer les Saintes Ecritures" fut accueillie et admise par le pape Pie XII lors de la promulgation de son encyclique "Divino Afflante Spiritu" (30 septembre 1943) afin de lever "bien des objections soulevées contre la vérité et la valeur historique des Le pape Léon XIII déjà, quoique conscient que certains utilisaient l'histoire "dans l'intention de découvrir des erreurs dans les Livres Saints, avec pour résultat d'en affaiblir et d'en ébranler l'autorité" insiste pourtant sur le fait que les témoignages de l'histoire doivent être recherchés (Encyclique Providentissimus Deus, 18 novembre 1893).Saintes Lettres".
Ce revirement du magistère catholique s'appuie sur quatre prises de conscience. Premièrement, en protégeant la Bible du regard de tous ses détracteurs et de leurs méthodes de recherches, on laissait entendre que la foi ne se souciait pas de vérité historique, et plus encore que l'historicité même des témoignages de la Révélation n'avait pas d'importance. Ce qui, à un moment où la conscience historique devenait si importante dans l'histoire de l'humanité, risquait de porter atteinte à la crédibilité même de la foi chrétienne. Ne fallait-il donc pas prendre ces détracteurs au mot, mais les inviter à la rigueur ? En second lieu, pour une religion qui se réclame d'un Jésus historique, d'un Dieu qui a pris chair, est venu dans l'histoire, comment pouvait-on faire fi de la critique historique ? Il en allait du respect du régime d'incarnation voulu par le Dieu prié par les chrétiens Et, dans cette perspective, Pie XII cite Thomas d'Aquin:" Dans l'Ecriture, les choses divines nous sont transmises selon le mode dont les hommes ont coutume d'user". Troisièmement, la nouvelle démarche signifiait aussi une profonde confiance en Dieu, Sauveur et Créateur. Comment la science historique - pourvu qu'elle soit intègre et honnête - pouvait-elle remettre en question l'historicité des Saintes Ecritures et de la Révélation en Jésus-Christ ? Toute remise en question ne pouvait que traduire soit une approche historique L'encyclique précitée relève par exemple: "Grâce à la connaissance et à la juste appréciation des façons usuelles de parler et d'écrire des anciens, bien des objections, soulevées contre la vérité et la valeur historique des Saintes Lettres, pourront être résolues".non adéquate, ou insuffisante, soit une autosuffisance de l'histoire qui est alors érigée en vérité absolue. C'est dire que, pour le magistère catholique, la méthode historique est au service de l'in-errance (absence d'erreur) biblique. Enfin, dernière prise de conscience, interdépendante des autres, c'est l'acceptation de registres différents: l'histoire n'est pas l'histoire sainte même si cette dernière s'inscrit à sa manière dans l'histoire.
Ainsi, si la méthode historico-critique a été accueillie, c'est encore et toujours pour le service de la Parole de Dieu. C'est parce qu'elle apporte des aides, et seulement à ce titre, qu'elle est recommandée par le magistère catholique. Mais la méthode reste une méthode, elle n'a pas toute la place, elle n'est pas nécessaire à la foi, et n'a pas le dernier mot sur la Bible; et l'exégète catholique est invité à "user prudemment de cette ressource": "sa mise en oeuvre ne doit pas conduire à nier l'existence d'un ordre surnaturel, l'intervention d'un Dieu personnel dans le monde et la possibilité et l'existence Denzinger, p.1043de miracles et de prophéties"!
6. L'Eglise catholique encourage-t-elle la lecture de la Bible ? Et pourquoi à certains moments de son histoire a-t-elle montré des réticences ?
La constitution dogmatique Dei Verbum (concile Vatican II) déjà citée encourage à la lecture et à l'étude des Dans sa lettre apostolique "Au début du nouveau millénaire" (06.01.2001), Jean-Paul II revient sur le rôle prééminent de la parole de Dieu dans la vie de l'Eglise, souligné par le concile Vatican II. Les § 39 et 40 de cette lettre invitent les laïcs à se consacrer aux études bibliques, à diffuser la Bible dans les familles, à se nourrir de la Parole, pour devenir des "serviteurs de la Parole". Il est nécessaire en particulier, lit-on encore, que l'écoute de la Parole devienne une rencontre vitale.Saintes Ecritures (§23, 24). Tous les chrétiens "sont exhortés avec force et de façon spéciale... à acquérir par la lecture fréquente des divines Ecritures 'une science éminente de Jésus-Christ' (Phil 3,8), car 'ignorer les Ecritures, c'est ignorer le Christ'" (Saint Jérôme) (§25). Les clercs eux aussi doivent "s'attacher aux Ecritures par une lecture assidue et une étude soigneuse". Et le pape Paul VI a rappelé aux évêques, quelques années plus tard, que le charisme lié à la charge épiscopale "ne dispense pas du souci de scruter... le trésor de la Déclaration "Mysterium Ecclesiae", 24 juin 1973.Révélation divine dans les Saintes Ecritures". Nul doute donc que l'Eglise catholique n'encourage à la lecture, à la fréquentation et à l'étude de la Bible. "Il faut, dit encore le magistère catholique, que l'accès à la Sainte Ecriture soit largement Constitution "Dei Verbum", §22ouvert aux fidèles du Christ".
Au regard de ces encouragements, comment se fait-il alors que tant de catholiques français lisent peu la Bible et que les plus âgés d'entre eux n'aient même pas eu le droit de la lire étant jeunes ? A cela deux raisons au moins. D'une part, c'est l'Eglise, la communauté chrétienne, qui nous permet d'entrer dans ce trésor qu'est la Bible. C'est elle qui nous initie, nous encourage, nous aide à comprendre, nous donne des clés d'interprétation. Aussi lit-on la Bible en Eglise. Ainsi, chaque dimanche, trois lectures bibliques sont proposées lors de la messe. Une deuxième raison tient sans doute à l'événement intolérable et au traumatisme, mais aussi à l'interpellation qu'a constituée la Réforme pour le Voir note encadrée plus bas.magistère catholique. Il s'en est suivi (mais peut-être cette attitude était-elle déjà là antérieurement) une extrême méfiance par rapport à toute interprétation individuelle ("selon le jugement privé") des Ecritures, la liberté d'interprétation donnant libre cours à la subjectivité et favorisant le libre-arbitre, l'erreur et... l'hérésie, selon la logique de l'institution catholique. Il fallait dès lors des interprètes autorisés pour prévenir toute dérive ! Cela explique la réflexion concernant la Tradition et le Magistère, lors de la Contre-Réforme, mais aussi la nécessité de notes d'interprétation dans toute Bible catholique. L'Eglise catholique adopte à partir de cette époque une réserve prudente lorsqu'il s'agit de faire lire la Bible comme lorsqu'il s'agit de l'imprimer, et cela au nom du souci du "bon dépôt de la foi" (2 Timothée 1,14).
La Bible va devenir le On pourra utilement se reporter au remarquable et audacieux témoignage de la catholique Madeleine CHASLES qui date de 1936: Une catholique devant la Bible, édité chez Plon.domaine réservé des clercs et des théologiens, en dépit d'ouvertures historiques successives (levée des défenses concernant la lecture de la Bible en langue vulgaire en 1757, encyclique Spiritus Paraclitus de Benoit XV). La lecture de la Bible est jugée dangereuse par le magistère catholique au nom de l'unité de l'Eglise catholique et au nom des moeurs; ainsi la lecture de l'Ancien Testament est-elle interdite avant le mariage ! C'est pour ces raisons que de nombreux catholiques ont dû se passer de la lecture individuelle de la Bible. Cela aide à comprendre la révolution qu'a été le concile Vatican II dans sa volonté de réaffirmer la primauté des Saintes Ecritures, leur lecture et leur approfondissement. Cela aide à comprendre également qu'une telle révolution, pour prendre effet dans les mentalités, demande beaucoup de temps.
Les frères chrétiens, tout particulièrement protestants, et le Mouvement oecuménique, ont été de puissants facteurs à l'origine du Renouveau biblique catholique.
Note : La Réforme a mis en question... en particulier et d'abord l'institution ecclésiale et l'autorité ecclésiastique, identifiée avec la papauté. Rome, écrit Luther, s'est retranchée derrière trois murailles : la revendication de la supériorité du pouvoir spirituel sur le séculier, le monopole de l'interprétation de l'Ecriture, le fait de réserver au pape la convocation du concile général... Se situant dans la ligne augustinienne et celle des mouvements spirituels médiévaux, les Réformateurs soulignent tous que la véritable Eglise du Christ ne peut être identifiée avec l'institution corrompue qu'ils ont sous les yeux... Mais (ces) Réformateurs ne cherchaient pas à établir une autre Eglise... : leur mouvement, ils le pensaient comme provisoire, tant que l'Eglise mère ne se serait pas réformée... Par leur impact sur l'expérience croyante de nombreux chrétiens, par la réflexion qu'elles ont rendue nécessaire au sein de l'Eglise catholique, (les) intuitions des Pères de la Réforme ont contribué à une maturation qui devait porter ses fruits bien plus tard. (On peut évoquer ici la Déclaration commune sur la justification signée à Augsbourg le 31 octobre 1999). Et cela, même si en un premier temps elles ont provoqué une crispation certaine sur les aspects institutionnels de l'ecclésiologie. B.Sesboüé, in Les signes du Salut, p.467 et 471.
7. A quelle proposition adhère plus spontanément le catholique: la Bible est-elle la Parole de Dieu, ou la Parole de Dieu se révèle-t-elle dans la Bible ?
Une telle question intrigue le catholique et l'oblige à une réflexion dont il n'est pas coutumier. Pour lui, la Parole de Dieu, c'est le Christ, le Verbe (Jean 1,1), les Ecritures sont relatives au Christ, à Dieu et à son dessein d'amour pour l'humanité.
Une lecture attentive des textes du magistère catholique permet toutefois d'esquisser une réponse. La constitution Dei Verbum ne laisse en effet planer aucun doute: "la Sainte Ecriture, c'est la parole de Dieu en tant qu'elle est consignée par écrit sous l'inspiration de l'Esprit divin" (§9); "Les livres entiers tant de l'Ancien que du Nouveau Testament....ont Dieu pour auteur" (§11); "les Saintes Ecritures... parce qu'elles sont inspirées, sont réellement la Parole de Dieu" (§24).
Disant cela, les pères du Concile ne signifient pas pour autant que Dieu aurait fait fi de l'homme pour la rédaction des Livres saints, ce qui serait contraire à son dessein qui prend toute sa mesure dans l'Incarnation. "Dieu a choisi des hommes; il les a employés en leur laissant l'usage de leurs facultés et de toutes leurs ressources, pour que, lui-même agissant en eux et par eux, ils transmettent par écrit, en auteurs véritables, tout ce qu'il voulait, et cela seulement" (§11). Et "puisque Dieu parle dans la Sainte Ecriture par des intermédiaires humains, à la façon des hommes, l'interprète de la Sainte Ecriture, pour saisir clairement quels échanges Dieu lui-même a voulu avoir avec nous, doit rechercher ce que les Les saints auteurs.hagiographes ont eu réellement l'intention de nous faire comprendre, ce qu'il a plu à Dieu de nous faire connaître par leur parole" (§12).
Cela conduit le catholique à affirmer simultanément que Dieu est bien l'auteur de la Parole de Dieu, mais que des hommes, sous l'impulsion de son Esprit, en sont aussi les auteurs. D'où la tension entre la réception spontanée de ces Ecritures comme venant de Dieu et la recherche nécessaire pour comprendre son message. Et là où certains voient plus le doigt de Dieu et pourront être tentés d'évacuer l'homme, certains verront plus la main de l'homme, d'un contexte historique, socioculturel, et pourront être tentés d'évacuer Dieu. La tension est manifeste d'une Eglise à l'autre, mais aussi au sein d'une même Eglise, voire d'une même communauté chrétienne. Elle nous renvoie à la grandeur de Dieu et nous invite à demeurer ouverts, ouverture que peuvent favoriser les Eglises chrétiennes soeurs.
1. La Bible occupe une place première et fondamentale dans toute confession de foi évangélique, pourquoi ? Que représente-t-elle pour les évangéliques ?
C'est dans la Bible que Dieu révèle tout son amour et l'intégralité de son plan de salut pour les hommes. Avoir un accès direct à la parole de Dieu, pouvoir étancher sa soif de vérité, de justice et d'amour auprès de cette source unique, est considéré par les croyants évangéliques comme un don particulièrement précieux et comme un grand sujet de reconnaissance.
De ce fait, la Bible sera toujours, de façon prioritaire et en dernier ressort, la source d'orientation et d'arbitrage recherchée et reconnue par tous, même si, il est vrai, des différences d'interprétation d'un même texte peuvent parfois encore poser des problèmes.
Face aux différences de compréhension et d'opinions dans tout groupe humain, même chrétien, le besoin d'une autorité qui définit des repères et qui arbitre est ressenti de façon générale. Le fait qu'une autorité ecclésiastique unique puisse remplir entièrement cette mission a été mis en question au moment de la Réforme. Ainsi, en cas de divergences d'opinions concernant le foi et la pratique, le recours à la Bible sera, pour les évangéliques, la seule solution possible. Dans une démarche collégiale, dénominationnelle ou interdénominationelle, un consensus, fondé sur un examen approfondi des textes bibliques appropriés, est alors recherché et souvent trouvé.
2. En parlant de l'Ecriture Sainte, certains évangéliques évoquent son inerrance, son infaillibilité, que veulent-ils dire ?
Pour les évangéliques, dans le sillage de la Réforme, des mouvements précurseurs, des nombreux mouvements de réveil et de mission qui ont suivi, la Bible constitue le fondement unique et suffisant de la foi, de la vie et de l'oeuvre chrétiennes. Son autorité tient à son origine et à son message. Elle n'est tributaire ni d'une Eglise, ni d'un homme, ni d'une tradition. La question de l'autorité de la Bible est intimement liée à celle de sa vérité.
Or, le Bible est le lieu et le moyen par excellence de la révélation de Dieu, puisqu'elle rend témoignage de Jésus-Christ (son incarnation, son oeuvre, sa mort, sa résurrection, son ascension et son exaltation qui sont les accomplissements des annonces et des promesses faites au peuple de la première alliance). C'est cette cohérence interne qui donne à la Bible son caractère sacré. C'est pourquoi le vérité de la Bible, pleinement Parole de Dieu, est reçue par le croyant évangélique, quelle que soit son appartenance ecclésiastique, comme absolue et contraignante. L'attachement évangélique à "l'Ecriture seule" n'est pas une soumission aveugle, magique, mais l'acceptation lucide et responsable de la foi "transmise une fois pour toutes" (Jude 3).
Les déclarations de foi évangéliques du 19ème siècle mentionnent expressément, à propos de l'Ecriture Sainte, son inspiration divine, source de son autorité souveraine : c'est la raison pour laquelle elle est "Voir la Déclaration de foi de l'Alliance Evangélique, dés 1846, ou les Principes doctrinaux de l'Union internationale des Groupes Bibliques Universitaires.entièrement digne de confiance".
En réalité, la question de l'infaillibilité et de l'inerrance bibliques n'est pas récente, même si elle n'a pas toujours été formulée en ces termes.. En effet, durant des siècles, ces qualités n'avaient pas été mises en cause. L'infaillibilité désigne la pleine fiabilité d'un guide qui ne se trompe pas et ne peut pas tromper. Ainsi, Wyclif(fe) (1380) parlait de la "règle infaillible de la vérité". L'inerrance signifie l'entière véracité d'une source d'information parce quelle ne contient aucune erreur. Le terme est apparu au 19ème siècle, car il s'agissait essentiellement de faire front au défi du modernisme, héritier du rationalisme et des Lumières, qui avait ouvert la porte à une critique radicale des fondements de la foi. Déjà Clément de Rome (fin du 1er siècle), puis Augustin (4ème siècle) affirmaient que les Saintes Ecritures données par le Saint Esprit, ne pouvaient être tenues pour fausses. Au cours de la seconde moitié du 20ème siècle, un intense travail théologique, mené par des théologiens évangéliques de diverses dénominations (anglicans, presbytériens, baptistes,...) du monde entier, a produit trois grands textes, dits "Déclarations de Chicago". Le premier, en 1978, sur l'inerrance biblique, le deuxième en 1982 sur l'herméneutique biblique, le troisième en 1986 sur l'éthique biblique. Ils s'ordonnent dans une suite cohérente que l'on peut résumer par ces trois verbes : "croire pour comprendre, croire et comprendre pour vivre".
Puisque les deux termes inerrance et infaillibilité se présentent sous une forme doublement négative (in-faillible et in-errant) pouvant induire des réactions restrictives, certains auteurs leur préfèrent des termes affirmatifs simples comme "totale fiabilité de l'Ecriture", conséquence de son "entière véracité".
La vérité biblique, infaillible, n'est pas un concept abstrait et formel, mais une réalité dont on peut être tout à fait sûr et à laquelle on peut faire totalement confiance parce que Dieu lui-même est vrai et ne peut induire personne en erreur (Jn 14,6). Dans ce sens toute l'Ecriture Sainte peut être reçue comme "exempte d'erreurs". De nombreuses confessions de foi évangéliques tiennent à le souligner. Se pose alors inévitablement le problème des textes et des documents - sans compter celui des traductions - dont nous disposons. Les évangéliques admettent, de façon sous-entendue ou parfois explicite, que l'absence totale d'erreurs concerne en fait les "textes originaux". Cela implique qu'ils ne sont pas opposés au travail rigoureux de la critique textuelle. Des biblistes de renommée mondiale sont issus du mouvement évangélique.
3. Quelle est, selon vous, la part de la personne humaine dans la réception, la rédaction, la lecture et l'interprétation de la Parole de Dieu ?
Pour tout chrétien, toute connaissance de Dieu prend sa source dans sa révélation dont Il a Lui-même pris l'initiative et qui, de toute manière, nous dépasse (Job 11,7 ; Romains 11,33). Cependant, Dieu s'est révélé, par sa création, par le Christ et aussi en "parlant" à des hommes. Selon quelle méthode ? Comment nous parvient cette "parole" de Dieu ? Ce processus est évoqué schématiquement dans la question en quatre phases.
A. Les deux premières posent le problème de l'inspiration, c'est à dire le moyen par lequel cette Parole dite et entendue aboutit à la Parole écrite. Précisons d'emblée ceci : la Bible n'est pas un livre tombé du ciel, dicté mécaniquement à un instrument passif. Elle n'est pas non plus le simple récit d'un spectateur, ni le produit du génie humain : le terme biblique d'inspiration n'a pas le sens qu'on lui connaît dans la littérature.
La Bible, pour nous, est unique en son genre : l'inspiration désigne un acte de l'Esprit créateur qui "souffle" sa parole dans et par l'enseignement ou la louange du témoin, parole qui est révélation et prédication de Dieu lui-même (2 Timothée 3,16 ; 1 Pierre 1, 10-11).
La Bible est plutôt discrète quant à la manière dont s'effectue cette réception. Sous la conduite entière et souveraine de Dieu, l'homme reste libre et conscient, maître de ses moyens, cependant conduit et "poussé" (2 Pierre 1, 20-21), au point que l'apôtre Paul peut dire qu'il parle avec les mots non de la sagesse humaine mais avec ceux qu'enseigne l'Esprit (1 Corinthiens 2,13). On parle ainsi d'inspiration "plénière", voire "verbale" (de loin préférable à "littérale", dont le sens est quelque peu ambigu).
La Bible est donc Parole de Dieu à travers la parole humaine. Ecrite sur terre pour dire des vérités célestes. On reconnaît dans les écrits si divers tous les signes de leur humanité : ancrage dans l'histoire, l'environnement et la culture, genres littéraires courants. Cependant son inspiration lui assure une unité qui transcende toutes ces contingences ou composantes humaines.
L'histoire de la composition du Canon des Ecritures est un exemple de la combinaison mystérieuse du travail des hommes et de la conduite de Dieu. Dans une certaine mesure, il en est de même pour sa transmission. Précis dans ses concepts fondamentaux, universel dans son message, le langage biblique dépasse le carcan d'une langue sacrée et peut englober toutes les langues : c'est pourquoi la Bible peut être traduite. Toutefois, une traduction n'est pas inspirée en tant que telle, mais seulement Le traducteur, devant certains mots et expressions, a pu privilégier une traduction, une nuance au détriment d'autres possibles. C'est pourquoi il est nécessaire de revenir aux textes originaux et à leurs différentes traductions et nuances.plus ou moins fidèle.
B. Que se passe-t-il "à l'autre bout de la chaîne" ? Si la Bible n'est pas un livre comme les autres, comment s'y prendre lorsqu'on la lit, l'étudie, l'interprète et cherche à l'appliquer ? Du fait de sa "double paternité", l'appréhension de la Bible peut aussi être "double", opposée, mais non contradictoire : libre dans l'examen de ce qui est humain (c'est la démarche "critique", à ne pas confondre nécessairement avec jugement arbitraire ou interprétation conjecturale) et en même temps soumise dans l'obéissance à Dieu qui donne et ordonne (c'est la démarche de celui qui se laisse critiquer ou examiner par l'Esprit).
Si les auteurs bibliques, poussés par le Saint Esprit, ont parlé de la part de Dieu, le Saint Esprit seul peut interpréter ce qu'Il leur a fait dire. La révélation de Dieu n'est pas accessible de plein pied, indépendamment du ministère de l'Esprit : il faut qu'elle devienne illumination (Esaïe 29,11.12). Ce n'est pas la Bible qui devient Parole de Dieu par quelque circonstance heureuse ou magique, c'est moi, auditeur ou lecteur, qui dois devenir un récepteur authentique sous l'action de l'Esprit Saint : je dois me laisser pénétrer par cet Esprit (Ephésiens 1,17-18a) qui, par son action, conjuguée avec celle de la Parole, Ainsi que l'écrit CALVIN : "Bien que Dieu soit le seul témoin suffisant de Soi en sa Parole, toutefois cette Parole n'obtiendra point foi aux coeurs des hommes si elle n'y est pas scellée par le témoignage du Saint Esprit. C'est pourquoi il est nécessaire que le même Esprit qui a parlé par la bouche des prophètes entre en nos coeurs et les touche au vif pour les persuader que les prophètes ont fidèlement mis en avant ce qui leur était commandé d'en haut" (Institution Chrétienne, Livre I, chap.7, § 4).produira un changement.
4. Comment la Parole de Dieu est-elle régulée au sein de l'assemblée évangélique ? (Y a-t-il des moyens de régulation...)
Dans l'assemblée évangélique, chaque croyant se doit d'être un lecteur fidèle et assidu de la Parole de Dieu. Si les responsables spirituels (pasteurs, anciens) ont généralement les compétences requises pour l'animation de cercles d'études bibliques, leur apport peut être complété par celui de n'importe quel autre membre de l'assemblée. En dernière analyse, les évangéliques considèrent que la "vérité normative" n'est pas dans l'enseignement lui-même mais dans le texte même de l'Ecriture Sainte. Il est admis que le plus fidèle interprète de la Parole de Dieu, c'est la Parole de Dieu elle-même. Ainsi, un texte sera toujours resitué dans le contexte immédiat et plus large du livre biblique d'où il est tiré. Il sera aussi mis en relation avec d'autres textes de la révélation biblique afin de tirer parti le mieux possible des éclairages que la Bible apporte d'elle-même. D'où la nécessité de connaître le texte biblique, de pénétrer dans son ensemble le mystère de la révélation inspirée. Si tous ont accès à la lecture et à l'étude systématique de la Bible, étude vivement recommandée, tous ne maîtrisent pas automatiquement les principes d'interprétation. C'est pour cette raison que l'assemblée évangélique tient régulièrement des réunions d'études bibliques visant à encourager la communauté dans la découverte et la compréhension du texte biblique. Lors de ces rencontres, le "travail" d'interprétation s'opère communautairement, dans un esprit de prière et de discernement partagé. Chacun en ressort encouragé et édifié dans sa foi.
5. Comme le titre de manière un peu provocante un ouvrage des éditions La Bible : une pomme de discorde, Ulrich LUZ éd., Essais bibliques n°21, Genève, Labor et Fides, 1992Labor et Fides, la Bible est et a toujours été une pomme de discorde entre chrétiens et même au sein du courant évangélique, en fonction du type de lectures et d'interprétations auxquelles elle a donné lieu. A quelles conditions la Bible peut-elle réunir évangéliques et catholiques autour d'une même table ?
S'il est vrai que la Bible ne prétend pas tout enseigner, ce qu'elle dit nous interpelle constamment sur ce que nous sommes et dans ce que nous vivons. La reconnaissance du statut particulier de l'Ecriture - en d'autres termes son autorité - implique donc la recherche de son "interprétation et de son application correctes". Il ne s'agit pas seulement d'une appropriation, voire d'un apprivoisement de l'Ecriture. Cela signifie que ce n'est pas la raison, somme toute très relative, qui peut être l'arbitre final, mais la foi au Christ, clé de l'ensemble des Ecritures, pour le bien de l'homme et la gloire de Dieu.
Ainsi donc, des évangéliques se réuniront d'autant plus facilement avec d'autres autour de la Bible si les trois points suivants sont entendus et pris en compte :
A. S'assurer que le texte biblique soit reçu dans son intégralité : on prend tout, on ne retranche rien.
B. Veiller à ce que l'interprétation qui en sera faite reste principalement soumise à l'Esprit de Dieu et à l'autorité de la Parole de Dieu elle-même.
C. Ne pas oublier que la Parole de Dieu nous invite à un décentrement de nous-mêmes, débouchant normalement sur un engagement de soumission et d'obéissance (Romains 16,26b ; Jacques 1,21-22).
Finalement, la Bible rassemble tous les enfants de Dieu dans la mesure où elle est reconnue comme Parole de Dieu, Parole d'un même Père que ses enfants, dans leur diversité, veulent recevoir et écouter respectueusement. C'est là, nous semble-t-il, la seule condition fondamentale requise pour que la Bible puisse réunir évangéliques et catholiques autour d'une même table
6. Que souhaiteriez-vous dire à un catholique pour l'encourager à lire et à approfondir la Bible ?
Par la lecture fréquente et régulière de la Bible, notre esprit s'imprègne progressivement des vérités divines. Grâce à cette écoute quotidienne de la Parole de Dieu et à la prière, une communion spirituelle de plus en plus intense se réalise entre l'homme et Dieu. Cette communion permet de disposer en temps opportun, de critères de choix et de forces spirituelles pour faire face aux joies, aux peines et aux défis et problèmes de la vie.
Toutes les richesses contenues dans les textes bibliques ne se révèlent pas au lecteur au même moment et à une première lecture. C'est pourquoi, il est important et bénéfique d'étudier la Bible, seul ou en groupe, pour étendre le champ des connaissances et surtout pour approfondir le sens des textes, en les comparant les uns aux autres, afin d'en discerner les messages toujours valables et actuels qui nous concernent.
S'atteler à une notice consacrée à la Bible, ensemble - catholiques et évangéliques -, représente un véritable défi que la confiance partagée et aussi, sans doute, une part d'audace, nous ont permis de relever.
Mais la Bible n'est-elle pas notre bien commun ? Les Ecritures Saintes ne sont-elles pas centrales pour nos histoires d'hommes et de croyants, et pour nos confessions de foi personnelles, communautaires et ecclésiales ?
L'expérience vécue a été à la hauteur du défi : enthousiasmante, stimulante et enrichissante. Ce fut effectivement, pour nous, l'occasion d'approfondissements concernant nos racines communes, concernant également la spécificité des affirmations et convictions de nos communautés d'appartenance.
Le partenaire de ce dialogue à deux voix est progressivement apparu beaucoup plus frère dans le foi, tandis que s'atténuaient préjugés et perceptions hérités de l'histoire, et qu'apparaissaient de nouveaux points d'insistance, des nuances, des distinctions, affinés et respectueux de nos actes de foi particuliers.
Ce travail partagé nous a aussi permis de découvrir que nos Eglises respectives étaient en devenir, en marche, engagées dans une réforme permanente qui s'origine dans une compréhension toujours plus grande de la Parole de Dieu et dans la mise en pratique de son message.. Et la responsabilité de chaque Eglise dans son propre devenir, mais aussi dans le devenir de l'autre, nous a semblé manifeste.
C'est dire que nous sommes heureux d'avoir fait ce nouveau pas ensemble, heureux du chemin que nous ont permis de parcourir nos questionnements et nos échanges, heureux enfin de pouvoir en faire profiter d'autres. Ce pas s'insère lui-même dans une dynamique beaucoup plus vaste de redécouverte de la fraternité entre les chrétiens et les Eglises. En témoigne encore le récent rapport de la Commission mixte Eglise catholique romaine - Conseil Méthodiste Mondial 1997 - 2001, intitulé "Dire la vérité dans l'amour : l'autorité d'enseignement chez les catholiques et les méthodistes", qui aborde notamment la "primauté de la Parole" (§16) et l'articulation de l'Ecriture et de la tradition (§18).
Un document essentiel de cette dynamique est évidemment la "Déclaration commune luthéro-catholique sur la doctrine de la justification", non seulement parce qu'elle concerne l'objet central de l'Evangile, mais aussi parce que cet accord, dit fondamental, évoque un consensus différencié, c'est-à-dire une unité dans la diversité, loin donc de tout accord unanimiste réduit au minimum commun !
Le quotidien "La Croix" titrait le 23 octobre 2001 : "La Bible reste un livre méconnu des Français". "58% des Français n'ont pas de Bible", poursuivait le journaliste, et "seuls 29% la jugent importante dans leur vie". Qu'ajouter à cela pour exprimer la responsabilité de chacune de nos Eglises et notre responsabilité commune...