Les Notices de l'Entente des Eglises Evangéliques Libres de Strasbourg

E.E.E.L.C.U.S - E.R.N.R.
Des catholiques et des évangéliques se questionnent mutuellement
Notice 4. Pour mieux se connaître. Edition 2005

A propos de mission et de prosélytisme...

 

Des évangéliques questionnent des catholiques
Questions posées par des évangéliques

1. Les actions d'évangélisation mises en oeuvre par des églises évangéliques et dirigées vers des personnes non-croyantes et non pratiquantes suscitent parfois méfiance, craintes, si ce n'est opposition ou réprobation de la part de catholiques ? Pourquoi ?

2. Est-il coutumier dans l'Eglise catholique d'appeler explicitement à la repentance et à la conversion à Jésus-Christ ? Pourquoi ? Comment ?

3. Quelle est la position et l'attitude de l'Eglise catholique envers une personne baptisée au sein de son Eglise - mais sans relation avec elle et ignorante de la foi chrétienne - qui, à la suite de contacts avec des chrétiens évangéliques, a vécu une conversion à Jésus-Christ et se joint à une assemblée évangélique ?

4. Des actions communes (catholiques et évangéliques) de proclamation de l'Evangile de Jésus-Christ, par la parole et par les oeuvres, à l'intention de nos concitoyens qui ne fréquentent pas les Eglises, paraissent-elles concevables aux catholiques ?

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Eléments de réponse donnés par des catholiques


1. C'est vrai. Des prêtres et des fidèles catholiques réagissent parfois mal à ces actions d'évangélisation. Il y a plusieurs raisons à cela. Certains voient d'un mauvais oeil que des communautés évangéliques qu'ils considèrent comme des "Voir Notice A. Des sectes ?. "Pourquoi des catholiques considèrent-ils spontanément les évangéliques comme des 'sectes' ?"sectes" viennent 'missionner' sur des régions où sont présents des "cultes reconnus", voire sur ce qu'ils considèrent être des terres traditionnellement catholiques. Des responsables de paroisses craignent le départ de fidèles et s'insurgent contre une concurrence qu'ils jugent déloyale entre la communauté territoriale qu'ils administrent et la communauté nouvellement arrivée de type plus affinitaire.

D'autres, parfois les mêmes, au nom de la perception qu'ils ont de la proposition catholique, et de celle qu'ils ont de la proposition évangélique, vivent mal le rattachement de catholiques à des églises par rapport auxquelles ils ont des soupçons, qu'ils ne connaissent pas ou qu'ils jugent déficientes ou peu orthodoxes.

D'autres encore craignent des actions missionnaires qui seraient des opérations séduction, ou des opérations de peur, ou encore des opérations 'coup de poing' qui seraient en contradiction avec la proposition totalement gratuite de la foi en Jésus-Christ, et qui, d'une manière ou d'une autre, obligeraient les personnes venues prendre part à l'action missionnaire.

Si toutes ces attitudes existent sur le terrain, les unes d'ordre culturel, d'autres fondées sur des expériences parfois malheureuses, il convient de dire aussi qu'il est des catholiques qui se réjouissent que de telles actions aient lieu et permettent que des personnes se mettent en route sur un chemin de conversion à Jésus-Christ.


2. Si on veut éviter la caricature, cette question appelle plusieurs développements.

L'Eglise catholique a toujours eu le souci d'évangéliser comme en témoignent ses nombreux missionnaires (personnes et instituts) et ses missiologues, mais aussi la vie de saints, la naissance d'ordres et de congrégations et, finalement, Nous renvoyons ici notamment à l'étude de Jean COMBY, Deux mile ans d'évangélisation, cité à la fin de cette notice.son histoire et sa croissance. Evangéliser au loin : terres lointaines et inconnues, et évangéliser ses propres membres grâce à des missions paroissiales, des sessions et retraites et bien sûr les prédications hebdomadaires.

A côté des "patronats", naît dés 1622 la Congrégation de la Propagande en vue de la "propagation de la foi dans le monde entier" et de nombreux textes, réflexions, projets, instructions, se sont succédés jusqu'à aujourd'hui, comme l'illustrent, plus prés de nous, le concile Vatican II (Constitution dogmatique sur l'Eglise : Lumen Gentium 17, Décret sur l'activité missionnaire de l'Eglise : Ad Gentes…), l'exhortation apostolique Annoncer l'Evangile aux hommes de ce temps ( Evangelii Nuntiandi, Paul VI, 1975), la lettre encyclique La Mission du Christ Rédempteur (J.-Paul II, 7.12.90).

Mais les méthodes d'évangélisation, au cours des siècles, furent très variées, et à côté de vrais ouvriers apostoliques et de méthodes évangéliques, respectueuses tant du message de Jésus que des destinataires de ce message, à côté de témoignages et de textes extraordinaires, de persécutions et de martyrs remarquables, il y eut aussi des méthodes expéditives, des allégeances et des tractations politiques, des collusions avec le colonialisme, l 'impérialisme, le nationalisme, et cela en dépit d'invitations réitérées de responsables de l'Eglise catholique de demeurer indépendants des pouvoirs politiques. La proposition de Jésus Christ s'est ainsi traduite par la proposition d'une culture, d'une civilisation, d'une "mentalité paternaliste européenne" et la fondation de communautés chrétiennes par l'établissement de "la Sainte Eglise Catholique", de ses normes, de son culte. On est bien loin ici évidemment de l'évangélisation de proche en proche et de l'appel explicite à la conversion et à la repentance.

Par ailleurs, la mission a aussi donné lieu au témoignage silencieux des béatitudes (témoignage de vie), à cause de situations politiques, sociales, économiques et religieuses particulières, mais aussi pour des raisons historiques et sociologiques. Il s'agit là d'une autre forme d'évangélisation, voire d'un autre "moment", dans la ligne du levain dans la pâte qu'évoque Jésus avec ses disciples (cf. Matthieu 13, 33).

Enfin, dans les régions, les pays où le catholicisme est devenu prédominant, voire hégémonique, comme ce fut le cas en France, l'évangélisation a laissé place à la transmission, à la catéchisation, à la sacramentalisation au point qu'être catholique faisait partie de l'héritage familial et culturel et que les rites proprement religieux sont devenus des rites d'intégration sociale. Il n'est pas facile de dire ce qu'a été et ce qu'est la rencontre du Christ pour les personnes qui ont grandi dans cet univers. Dans ce contexte en effet, évangéliser c'était porter l'Evangile au loin puisque tous au près étaient baptisés chrétiens. On comprend l'affadissement, la tiédeur qui peuvent en résulter mais aussi et plus encore la difficulté pour ces baptisés de s'éveiller à ce que peut être la nouveauté de la foi en Jésus Christ, et la conversion à sa Personne qu'ils 'connaissent' d'une certaine manière depuis leur tendre enfance.

Ces quelques éléments disent la complexité de l'histoire et de la place de la mission dans le catholicisme. Ils laissent aussi entendre les débats, les confrontations, la pluralité d'opinions et d'approches auxquels elle a souvent donné lieu. La situation évolue toutefois considérablement aujourd'hui, particulièrement dans les pays confrontés à la déchristianisation. Le fait de devenir minoritaire réveille les consciences. Et de plus en plus de communautés, paroissiales et autres, (re)découvrent le devoir et la joie d'évangéliser, faisant ainsi écho pour une part aux récents textes du magistère catholique et à l'appel à "la nouvelle évangélisation" du pape Jean-Paul II. On observe effectivement que se multiplient des méthodes, des rencontres, des sessions au cours desquelles sont proposées témoignages de conversion personnelle et annonce explicite de Jésus-Christ, sur le modèle de la proclamation des apôtres (Actes 22-24; 32;36). Ces diverses initiatives contribuent elles-mêmes à la croissance du nombre de ceux que l'on appelle au sein de l'Eglise catholique, les "recommençants" (baptisés qui reviennent à la foi et à la pratique des sacrements après les avoir abandonné), et les "catéchumènes" (personnes qu'on instruit dans le foi chrétienne en vue du baptême). Les évêques catholiques français eux-mêmes ont consacré, en novembre 2000, une importante part de leur session plénière, intitulée Conférence des évêques de France, Paris, Centurion/Cerf/Mame, 2001Des temps nouveaux pour l'Evangile, à la découverte d'initiatives missionnaires, dans le prolongement de leur lettre aux catholiques de France : Les évêques de France, Paris, Cerf, 1997Proposer la Foi dans la société actuelle.


3. L'Eglise Catholique, depuis le concile Vatican II (1962-1965), reconnaît la Cf. la déclaration "La liberté religieuse" (Dignitatis Humanae) § 1, 2,3.liberté de conscience, ce qui implique le droit de changer de religion et, à fortiori, de confession. Cela dit, dans son droit interne, elle n'en a pas tiré toutes les conséquences. En effet, le canon 1364 (§1) du code de Droit canonique (de 1983) stipule qu'un catholique qui quitte l'Eglise catholique, même pour rejoindre une autre confession chrétienne, est sanctionné par une excommunication immédiate, ce qui lui interdit par exemple toute participation à la communion à l'occasion d'une messe dans une église catholique. Cela tient au fait que l'Eglise catholique accepte très mal qu'on la quitte.

Cela dit, sur le terrain, les positions et attitudes des catholiques, au plan pastoral, sont encore une fois très diverses. Elles sont d'incompréhension, ou d'interrogation : qu'est-ce que cette personne a trouvé ailleurs qu'elle n'a pas trouvé 'chez nous'? Elles peuvent aussi traduire des regrets, ou de la souffrance. Regret à propos d'une appartenance chrétienne jugée mineure dans la mesure où n'y sont offertes aucune proposition de type sacramentel, à commencer par l'eucharistie.

Des catholiques, pour qui Jésus prime sur toute appartenance confessionnelle ou dénominationnelle, se réjouissent par contre d'une telle conversion et d'une insertion communautaire qui puissent favoriser l'expérience du don et du pardon en Jésus-Christ. Ils souhaitent tout au plus que cette appartenance ne soit pas exclusive et excluante d'autres manières de "faire Eglise".


4. Evidemment oui. De telles initiatives conjointes ont déjà eu lieu, réunissant catholiques et évangéliques, mais aussi luthériens et réformés, à l'occasion de manifestations autour de la Bible, d'actions évangélisatrices sous chapiteau, de porte à porte, de marches… en Alsace, en France et ailleurs.

Dans la mesure où les communautés ou membres de communautés participants, donnent ensemble et d'un commun accord, la primauté à l'annonce de Jésus-Christ, des catholiques pourraient sans difficulté y prendre part. Cela signifie évidemment que ces communautés, leurs membres, aient déjà tissé des relations confiantes et respectueuses.

Trois craintes toutefois peuvent surgir chez des catholiques :
- que l'annonce soit trop vite et obligatoirement associée à une insertion communautaire.
- que l'appel à se décider pour Jésus donne lieu à du forcing, laissant croire à une volonté de rendement ou de main mise sur les personnes.
- que l'unité vécue et voulue lors d'actions missionnaires doive se traduire par une uniformité ecclésiale qui oblige les catholiques participants à taire leurs convictions et leurs spécificités.

Ceci signifie que des accords, des engagements peuvent être nécessaires, mais plus encore de la patience, de la confiance et du respect mutuels.

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Des catholiques questionnent des évangéliques
Questions posées par des catholiques

1. Pourquoi la mission est-elle une donnée si essentielle pour les évangéliques ?

2. Des campagnes missionnaires sont parfois organisées par des évangéliques sur des terres traditionnellement chrétiennes et sans relation aux Eglises présentes sur le terrain. Pourquoi ?

3. Les évangéliques sont-ils favorables à la mission en commun avec des catholiques ? Pourquoi ?

4. Lors de missions proposées par les évangéliques, des catholiques sont souvent touchés, quelle est l'attitude des évangéliques à leur encontre lors de la mission et après la mission ?

5. Comment les évangéliques articulent-ils mission (Matthieu 28,19) et unité chrétienne (Jean 17, 20-23) ?

6. Quelle distinction les évangéliques font-ils entre mission et prosélytisme ?

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Eléments de réponse donnés par des évangéliques


1. Pour les évangéliques, la nouvelle naissance (ou la conversion) et une décision personnelle de suivre Jésus-Christ sont une base essentielle de la vie chrétienne (cf. Jésus à Nicodème : Jean 3,3-8). Ils croient également que l'ordre missionnaire donné par Jésus à ses disciples (Matthieu 28, 19) s'adresse aujourd'hui encore à chaque chrétien né de nouveau.


2. Sur des terres traditionnellement chrétiennes vivent aujourd'hui de plus en plus d'incroyants. Il appartient donc à tous les croyants de partager le trésor qui leur est confié par Dieu.

Une action missionnaire est ponctuelle. Si ses résultats doivent être durables, il est indispensable de prévoir un suivi des personnes par les églises et communautés présentes sur le terrain. Une information ou concertation préalable entre les églises de différentes dénominations ou confessions présentes en un même lieu, nous paraît hautement souhaitable, voire indispensable.


3. Oui, à condition que des objectifs, et des règles de coopération aient été définis avec précision et acceptés d'un commun accord.


4. À partir de notre expérience, nous pouvons faire part des pratiques suivantes. Pendant : lors de la mission, le "chercheur" est avant tout orienté vers la personne de Jésus-Christ. Les différences confessionnelles ne sont pas évoquées dans la mesure où l'adhésion à Jésus-Christ est première par rapport à l'appartenance à une Eglise. Après : lorsqu'il s'agit de catholiques se disant pratiquants, il leur est conseillé de se signaler au responsable de leur paroisse, en vue d'apporter le témoignage de leur foi et de leur engagement dans leur communauté d'origine. Si cela leur était rendu impossible, ils sont invités à se rattacher à une communauté chrétienne de leur choix, étant donné qu'on ne peut être chrétien seul.

Si la personne touchée n'est pas pratiquante, elle est invitée à se joindre à un groupe d'accueil dans lequel elle sera mise en contact avec les éléments fondamentaux de la vie et de la foi chrétiennes. A la fin de cette instruction, elle est invitée à se rattacher à une Souvent ce choix dépend de la qualité de la relation entre le chercheur et la personne qui l'avait invité.communauté chrétienne de son choix.


5. L'envoi en mission de Matthieu 28,19 est impératif et s'adresse à l'ensemble des disciples de Jésus-Christ, même s'il existe entre eux quelques différences dans la façon de vivre leur foi (cf. Matthieu 28,17).

Il est certain, selon Jean 17, 20-23, qu'une mission faite dans l'unité chrétienne aura plus d'impact sur les non-croyants qu'un spectacle de division, de concurrence et de rivalité.

Il est donc nécessaire qu'évangéliques et catholiques tendent vers la recherche d'une unité de plus en plus grande en vue de l'efficacité de l'action missionnaire. Le fait que cette unité n'est pas encore suffisamment réalisée ne saurait cependant être une raison pour renoncer à tout effort d'évangélisation.


6. Selon nous, la mission, c'est l'annonce de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ et l'invitation à répondre à cette annonce. Le Voir note ci-dessous.prosélytisme, par contre, s'efforce d'attirer des fidèles pratiquants d'une église vers une autre. C'est toute la différence entre "gagner à Dieu" ou "gagner à son groupe, à son Eglise".
Un grand nombre d'évangéliques sont prêts à investir leurs forces et leurs moyens dans la mission plutôt que dans le prosélytisme.

Note : Prosélytisme vient du grec et signifie "venir vers". Dans la Bible, le mot 'prosélyte', dépourvu de connotation péjorative, qualifiait quelqu'un qui, croyant au Seigneur et acceptant sa Loi (la Torah), devenait membre de la communauté juive ("venait vers" le judaïsme). Le christianisme reprit cette signification pour parler d'une personne qui se convertissait du paganisme. Jusqu'à une époque récente l'oeuvre missionnaire et le prosélytisme étaient considérés comme des concepts équivalents. Puis, plus récemment, le terme de "prosélytisme" dans un sens péjoratif a été appliqué par certains à l'égard des tentatives de différentes confessions chrétiennes pour se prendre des membres les unes aux autres, ou pour amener des croyants d'autres religions à la foi chrétienne.

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En conclusion

Depuis la fin des années 1970, plusieurs rencontres et dialogues ont réuni catholiques romains et évangéliques (baptistes, méthodistes, pentecôtistes,…) au plus haut niveau. La mission a occupé une place importante, parfois centrale (cf. bibliographie) dans leur réflexion.

Catholiques et évangéliques s'accordent sur le fait que "l'évangélisation est une des premières tâches de l'Eglise" et de chaque chrétien, au nom du dessein d'amour de Dieu pour l'humanité et du mandat explicite du Christ (Mt 28,19).

Le document sur les relations entre baptistes et catholiques romains (1984/1988) va plus loin encore en évoquant "les urgences d'un témoignage commun". Ses auteurs reconnaissent que "la liberté de l'Evangile et la liberté individuelle doivent être respectées dans tout processus d'évangélisation". Ils poursuivent : "Tous les efforts doivent être faits pour accroître la connaissance et la compréhension mutuelles et pour respecter l'intégrité et les droits des autres personnes et des communautés de vivre et de proclamer l'Evangile selon leurs propres traditions et convictions. Dans un monde de plus en plus sécularisé, les divisions et les dissensions religieuses entre les communautés chrétiennes peuvent être un tel scandale que les non croyants peuvent ne pas être attirés par l'Evangile" (§ 37). Tel est le défi lancé aux catholiques et aux évangéliques.

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Eléments de bibliographie

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