Pourquoi Marie semble-t-elle si peu importante chez les évangéliques et parfois même inexistante alors qu'elle est présente dans les Evangiles et que le concile d'Ephèse (qui est le fait de l'Eglise indivise) l'a déclarée "mère de Dieu" ?
Il est vrai que Marie occupe une place importante quoique discrète dans les Evangiles, de leur début jusqu'à la fin. Le personnage central des Evangiles est cependant Jésus-Christ, Seigneur et Sauveur de l'humanité. C'est sans doute par réaction à la tendance consistant à donner à Marie autant ou même plus d'importance qu'à Jésus que les évangéliques accordent peut-être trop peu d'attention à Marie. Tout chrétien évangélique devrait pourtant pouvoir respecter sans difficulté la personne de Marie pour sa qualité unique de mère de Jésus-Christ ; il devrait aussi être capable de l'aimer et de l'admirer pour son exemple d'humilité, de disponibilité, d'obéissance, de foi, de persévérance et d'abnégation.
Dans les textes des Evangiles, Marie ne demande pas à ses contemporains de la servir ou de devenir ses disciples. Elle a plutôt dirigé ceux qui venaient à elle vers son fils Jésus : "Faites tout ce qu'il vous dira" (Jn 2,5). Elle ne s'est jamais placée sur un même plan que Jésus, se souvenant certainement de l'annonce faite à Joseph: "Elle enfantera un fils et tu lui donneras le nom de Jésus ; c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés" (Mt 1,21). Cette place unique et exclusive de Jésus, homme et fils de Dieu, dans l'histoire du salut est aussi clairement affirmée par les apôtres Pierre et Paul. Pierre déclare devant le sanhédrin : "Il n'y a de salut en aucun autre, car il n'y a sous le ciel aucun autre nom qui ait été donné parmi les hommes, par lequel nous devrions être sauvés" (Ac 4,12). Et Paul écrit à Timothée : "Il y a un seul Dieu et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme qui s'est donné lui-même en rançon pour tous" (1 Tm 2,5).
Ainsi les évangéliques croient qu'ils peuvent adresser leurs prières directement à Dieu le Père et à Jésus-Christ, sans passer par des intermédiaires, même aussi respectables que Marie. Il est à noter aussi que les anciennes Confessions de foi chrétiennes, le "Symbole des Apôtres" (2ème siècle) et le Symbole de Nicée (325) - Constantinople (381) ne citent Marie qu'en tant que mère de Jésus qui est "né de la vierge Marie" (Symbole des Apôtres) et qui s'est "incarné par le Saint-Esprit dans la vierge Marie et a été fait homme" (Symbole de Nicée-Constantinople).
Le début d'une importance croissante donnée à Marie se manifestant par un culte qui, en divers temps et lieux, a de plus en plus pris la place de l'adoration due au Christ, date en fait du Concile d'Ephèse (431) au cours duquel le titre de "mère de Dieu" fut conféré à Marie pour souligner la divinité essentielle de son Fils lors de l'affrontement entre Nestorius et Note 1 : Pour Nestorius, "mère de Dieu" est un terme impropre puisque c'est un homme qu'elle a enfanté. Nestorius se refuse à appeler Dieu un bébé de deux à trois mois". Pour Cyrille d'Alexandrie : "Si notre Seigneur Jésus-Christ est Dieu, comment la Vierge sainte qui l'a enfanté ne serait-elle pas Mère de Dieu ?" (Théotokos). La divinité du Christ est ainsi clairement affirmée.Cyrille d'Alexandrie.
Les différences d'appréciation de l'importance qui doit être accordée à Marie proviennent donc du fait que les évangéliques se réfèrent uniquement aux textes du Nouveau Testament alors que les catholiques se réfèrent en plus à ceux de la tradition (décisions des conciles, encycliques papales, etc.).
L'Eglise catholique croit-elle que Marie est co-rédemptrice ? L'Eglise catholique estime-t-elle que pour s'adresser à Dieu et à Jésus-Christ l'intermédiaire de la Vierge Marie est indispensable ? nécessaire ? utile ? conseillé ? Comment concilier l'attachement à la foi biblique, réelle chez des catholiques, convergente avec ce que professent les évangéliques, et cet encouragement répété venant du Pape à garder et à développer le culte marial ?
Au sein de l'Eglise catholique - dans le prolongement du concile d'Note 2 : Voir note 1. La seule expression "Marie, mère de Dieu" peut être entendue comme faisant abstraction de ce qui est au coeur de la foi chrétienne, c'est à dire l'humanité du Christ. "La réflexion mariale risque (alors) de s'écarter de la signification évangélique de la figure de Marie".Ephèse (431) puis du concile de Note 3 : Marie est restée vierge toute sa vie, avant l'enfantement, dans l'enfantement, après l'enfantement. Quoique le concile se voulait d'abord fidèle à la conception virginale de Jésus (l'intégrité corporelle de Marie demeurant en lien avec son enfantement), la formulation retenue va progressivement servir à "affirmer une virginité perpétuelle de Marie comprise comme qualité permanente de son être personnel".Latran (649) , Marie occupe une place prépondérante. Cela se manifestera notamment par le développement de la piété mariale au Note 4 : La vénération pour Marie a vraisemblablement commencé très tôt et donnera lieu à des excès encouragés par des écrits apocryphes chrétiens et par "un imaginaire pré-chrétien et sacral de la féminité et de la maternité".Moyen-Âge. Puis, lors de la Note 5 : Essentiellement, en réaction à la Réforme.Contre-Réforme, sera exprimée l'impeccabilité de Marie qui signifie que, par privilège de Dieu, elle a "évité" durant toute sa vie le péché véniel . C'est en 1854 que le dogme de l'Immaculée Conception est proclamé par Pie IX (bulle Ineffabilis Deus). Il affirme que Marie, au premier instant de sa conception, a été préservée indemne de toute tâche de péché originel du fait qu'elle était appelée à concevoir le Sauveur.
Un siècle plus tard (1950), Pie XII proclame le dogme de l'Assomption (constitution apostolique Munificentissimus Deus) : Marie, ayant achevé sa vie terrestre vit dés maintenant dans la gloire céleste en corps et en âme ; "elle est ainsi arrivée là où nous allons tous", du fait de sa pleine communion avec Dieu .
Ces rappels historiques veulent faire comprendre que Marie fait partie de la piété catholique. Dans toute vie de catholique, la personne de Marie est présente du fait de la culture dans laquelle il s'inscrit. Cela n'empêche pas nécessairement le catholique de se vivre en tant que chrétien. Il peut en effet éprouver un réel attachement personnel à Jésus-Christ, le vivre comme son Seigneur et son Sauveur et à la fois vivre un profond respect, voire une vénération pour Marie, au nom de son "fiat" : "que ta volonté soit faite" !
De plus, certains catholiques témoignent que Marie occupe une place importante dans leur devenir de chrétien. "Si elle est importante pour nous, c'est parce qu'elle nous éveille à Jésus-Christ", disent-ils. Elle est priée, honorée dans la mesure où elle conduit à Jésus ; elle est donc toujours perçue comme relative à Jésus-Christ et n'est pas substituée à lui. D'autres personnes se jugent indignes de l'amour de Jésus-Christ et préfèrent se tourner vers Marie - créature comme eux - pour qu'elle les aide dans leur relation à Jésus, dans leur propre 'oui' à Dieu et à sa volonté, non pas comme intermédiaire mais comme "premier chrétien", soeur aînée dans la foi, "compagne d'existence", "figure de la foi totale, radicale" au nom du rôle que Dieu lui a destiné dans son dessein.
Dire que Marie fait partie de la culture du catholique, de sa doctrine et parfois de son expérience personnelle de croyant en Jésus-Christ, ne signifie pas pour autant que tous les catholiques soient unanimes dans leur relation à Marie, dans leur discours concernant Marie, ou dans leurs pratiques (prière, dévotion). Certains (parmi lesquels des théologiens), tout en respectant Marie, son rôle unique, sa place particulière dans le dessein de Dieu, regrettent, par exemple, la dogmatisation tardive de l'Eglise catholique, jugeant qu'elle constitue un frein dommageable à la compréhension entre Eglises et à leur unité. Ils n'ont de cesse de rappeler aux catholiques que deux principes président à l'élaboration de toute doctrine particulière : celui de la justification par la grâce moyennant la foi, et celui de la "hiérarchie des vérités", autrement dit la théologie mariale n'est pas secondaire mais seconde par rapport au Christ dont elle dépend et dont elle reçoit sa légitimité. De l'autre côté, la piété pour Marie peut revêtir des formes excessives, se fonder sur des interprétations erronées et faire l'objet d'affirmations allant effectivement dans le sens de la coopération de Marie au salut, au point de la dire co-rédemptrice ; certains mariologues catholiques, certains papes même, ont ainsi évoqué la médiation universelle de Marie. Mais ces affirmations et positions excessives - qui renvoient davantage à une perception sentimentale et affective qu'à un argument théologique, n'ont pas fait l'objet de définition dogmatique et ne sont donc pas le fait de l'Eglise catholique dans son ensemble, pas davantage de sa doctrine. Le Concile Vatican II, référence en la matière, a refusé toute nouvelle définition mariale, "manifestant (ainsi) assez nettement une volonté, finalement majoritaire, de maintenir fermement la foi chrétienne dans la seule médiation et rédemption du Christ".
Les catholiques et les protestants, dont les évangéliques, doivent tenter de mieux comprendre leurs positions respectives, parfois éloignées des images et des idées qu'ils s'en font. Ils doivent ensuite s'inviter mutuellement à la conversion, comme les y encourage le groupe des Dombes, à travers un questionnement de leurs attitudes, de leurs doctrines et, pour les catholiques, du culte marial. Ces derniers sont appelés, par les évangéliques, à la justesse et la sobriété biblique et christologique, comme les y invitaient déjà le Concile Vatican II (Constitution sur l'Eglise Lumen Gentium n°67 :"...la vraie dévotion ne consiste ni dans des sentiments stériles et passagers, ni dans une vaine crédulité, ...elle procède de la vraie foi...". ), et le pape Paul VI (Exhortation apostolique Marialis Cultus, 7 avril 1974, pp.313-314). Les évangéliques sont invités par les catholiques à "redonner à Marie sa vraie place dans l'intelligence de la foi" à partir de tout ce que les Evangiles disent d'elle.
Nous proposons ci-après quelques titres qui nous ont aidé dans notre rédaction et auxquels nous renvoyons ceux qui voudraient approfondir :