Sur l'essentiel, les confessions de foi catholique et Note 1 : Les évangéliques représentent un monde diversifié parce qu'ils représentent des courants différents et s'originent dans des "réveils" différents. Cela se traduit par des accents différents aux plans théologique, ecclésiologique, oecuménique, pratique,... Cette notice ne pourra donc pas honorer cette diversité et se contentera d'évoquer les caractéristiques essentielles de l'«évangélisme», qui ne se réduit pas à l'anabaptisme. Cela est particulièrement vrai du tableau (plus loin), pour ce qui concerne le catholicisme aussi.évangélique sont en accord: toutes deux sont Cela signifie d'emblée que quand on appelle les Eglises Evangéliques "sectes", ce terme doit être entendu dans les sens que lui donnent le sociologue (soit groupement contractuel de volontaires qui adhèrent à une même croyance) ou l'historien (c'est à dire Eglises nées d'une dissidence historique), mais cela n'est nullement assimilable à ce que l'on entend par "secte" dans le langage courant qui vise par là des groupes abusifs. Il vaut donc mieux ne pas user de ce terme pour parler de chrétiens.
Cette introduction, pour nombre d'évangéliques ne peut être qu'écrite que par un catholique. En effet, quelques évangéliques dénient aux catholiques le fait d'être des "chrétiens bibliques".
chrétiennes . Elles confessent le Dieu un et trine, vivant et aimant. Toutes deux confessent Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, Seigneur et Sauveur. Enfin, ces deux traditions s'accordent à dire que l'Evangile du salut en Jésus-Christ est premier, que l'Eglise n'est à comprendre qu'au service de cet Evangile salvateur.
C'est au nom de cet accord qu'ont pu s'engager des dialogues entre églises évangéliques et Eglise catholique romaine, aux plans national et international (voir plus loin).
De nombreuses différences existent néanmoins entre les deux confessions de foi. Nous allons maintenant tenter de comprendre l'origine de ces différences en prenant le chemin de l'histoire - que revendiquent les évangéliques- et de la sociologie, puis nous énumérerons sous forme de tableau, de façon très sommaire (et donc caricaturale), les différences existantes.
Les évangéliques sont nés de différents mouvements de "réveil" qui s'étalent du XVIe au XXème siècle. A chaque fois, il s'est agi d'un retour aux sources: retour à l'Evangile, retour à l'Eglise primitive.
Le premier de ces 'réveils' remonte à la Réforme même. Les Evangéliques se veulent et se disent en effet héritiers de cette Réforme. C'est dire que la Foi évangélique se réfère à Martin LUTHER, Ulrich ZWINGLI et Jean CALVIN.
«L'expérience spirituelle et la théologie des Réformateurs sont reconnues comme fondatrices. Les évangéliques sont d'abord des protestants». Eux mêmes se nomment protestants radicaux (du terme latin radix qui signifie 'racine'). C'est dire qu'ils reconnaissent Luther et Calvin comme des «pères» et c'est délibérément dans leur sillage que se situe la théologie évangélique.
Les affirmations centrales de Luther: la grâce seule, Jésus-Christ seul, l'Ecriture seule, la foi seule (ces dernières signifiant respectivement 'autorité souveraine de l'Ecriture Sainte en matière de foi'- notamment face au magistère- et 'justification par la foi') sont constitutives de l'identité évangélique. Elles sont au fondement des confessions de foi des évangéliques.
C'est toutefois l'héritage de CALVIN qui est le plus important pour bon nombre d'évangéliques contemporains, particulièrement en ce qui concerne la compréhension de la personne humaine, de l'Eglise, des sacrements et des ministères. Pour Calvin et pour les évangéliques, la nature de l'être humain est entièrement corrompue par le péché originel, et la prédication de la Parole de Dieu a la primauté sur l'Eglise, les ministères et les sacrements (voir tableau plus loin).
Par delà ces références, les Eglises évangéliques soulignent l'autorité de l'Ecriture Sainte, toute entière ''Parole de Dieu''. Cet attachement inconditionnel constitue généralement le premier article de leur confession de foi. Elles vont également développer un modèle d'Eglise appelé assemblée de professants, c'est-à-dire d'une Eglise exclusivement constituée de celles et ceux qui s'engagent personnellement dans le "salut" en Jésus-Christ. Cela signifie généralement que dans ces Eglises, le baptême ne peut pas être conféré aux enfants.
Une autre innovation va consister en la séparation d'avec l'Etat. On parlera dés lors, en Alsace-Moselle, d'Eglises libres, qui n'ont aucun lien juridique avec l'Etat.
Si on peut considérer les différences entre évangéliques et catholiques aux plans historique et doctrinal, il est un autre aspect fort instructif. Il relève de la sociologie. En effet, évoquer ces deux types de regroupements religieux, c'est évoquer deux modèles différents qui ont chacun leur logique, une logique souvent antagoniste. Le modèle des Eglises dites historiques est appelé multitudiniste. Ces 'églises de multitude' englobent indifféremment tous les baptisés, pratiquants ou non; tous les degrés d'adhésion, d'appartenance et d'engagement s'y côtoient. Le modèle des églises évangéliques est appelé professant; les «églises de professants» ne rassemblent que des croyants convaincus, des volontaires.
Les implications de ces deux types d'associations religieuses sont nombreuses et fort différentes aux plans des relations avec la société civile, des relations internes, de l'autorité, etc.
| Article de foi | Catholiques | Evangéliques |
| Dieu manifesté en Jésus-Christ |
Le Dieu un et trine est essentiellement perçu comme Dieu-Amour. L'insistance porte sur sa miséricorde. Certains théologiens ont même évoqué son humilité, sa pauvreté. | Le Dieu un et trine est essentiellement perçu comme Dieu-Amour. L'accent porte sur son altérité glorieuse, sa transcendance, sa souveraineté. |
| Personne humaine | En dépit du péché originel, l'excellence de la nature de l'être humain est restée intacte. | Du fait du péché originel, la nature de l'être humain est entièrement corrompue. |
| Monde | Relations, collaborations, compromis même ont souvent réuni Eglise et Etat, tout particulièrement dans les pays à prédominance catholique (cf.p.2, Eglise de multitude). | La parole «dans le monde, mais pas du monde» les conduit généralement à une attitude de rupture, de séparation avec la société civile, avec l'Etat. |
| Diversement vécu ou en débat dans le monde évangélique.Ecriture Tradition | La règle suprême de la foi est l'Ecriture jointe à la Tradition. Cette dernière recouvre à la fois l'Evangile transmis et le processus vivant de cette transmission à l'intérieur duquel l'Ecriture joue un rôle privilégié. | L'Ecriture est l'autorité souveraine en matière de foi et de vie, voire la seule autorité. S'il y a tradition, elle est soumise à l'Ecriture. L'inerrance des textes bibliques est souvent invoquée dans ces assemblées. |
| Eglise | est instituée par le Christ (Mt 16,13-20; Ep 4,1-6; 1Tm 3-5) et son ordre de droit divin. Son agir est sanctifiant. Elle est institution de grâce, organisme de salut, sacrement. | est instituée par le Christ et se manifeste par des assemblées de croyants (Mt5-7; Jn 14-17) parmi lesquels l'Evangile est prêché fidèlement. Elle est un événement provoqué par l'Esprit. Chaque église locale est Diversement vécu ou en débat dans le monde évangélique.autonome. |
| La foi | La foi signifie l'adhésion aux vérités révélées, transmises par l'Eglise. Mais quoique don de la grâce, la foi requiert le libre assentiment de l'homme. | L'acte de foi réside dans la relation personnelle de confiance et d'obéissance qui unit le croyant, justifié et régénéré à Jésus-Christ. La réponse de la foi rend l'annonce de l'Evangile urgente et vitale pour le salut de tous. |
| Résurrection | Insistance sur le salut et la résurrection universels. Purgatoire. | Tous les hommes ressusciteront, les sauvés pour la vie, les 'perdus' pour le châtiment. |
| Marie | Modèle de l'Eglise dans l'ordre de la foi, de la charité et de la parfaite union avec le Christ, mère des croyants et exemple pour eux, la Vierge exerce une influence salutaire sur les hommes et intercède auprès du Fils. | Elle est un exemple de foi, d'obéissance et de louange à Dieu. Toutefois, aucune créature ne peut être l'objet de prières ou de vénération : ni Marie (qui était vierge lors de la naissance de Jésus mais a eu d'autres enfants après Jésus) ni les saints. |
| Sacrements | Ils sont au nombre de sept. Il s'agit de signes sensibles, sacrés et efficaces, institués par Jésus-Christ pour signifier une grâce et la conférer à ceux qui reçoivent dignement le sacrement. | L'administration des deux sacrements que sont le baptême et la sainte cène est liée à la prédication de la Parole. Ce n'est pas le sacrement qui est essentiel, mais la Parole de Dieu qui agit. |
| Eucharistie Cène | Le Christ est présent dans l'eucharistie. Il y est contenu vraiment, substantiellement, sous les espèces du pain et du vin pour la nourriture des croyants. | Le Christ glorieux est présent dans l'eucharistie. Son mode de présence est d'ordre spirituel. Les croyants font mémoire du sacrifice du Christ et expriment leur foi en son action présente et en son Retour. |
| Ministres Magistère | Les prêtres sont introduits dans leur sacerdoce par des évêques établis dans la succession apostolique. Distinction entre le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel, d'ordre sacramentel. | Dans l'ordre du sacerdoce universel, l'Eglise réserve l'exercice des ministères à certains de ses membres, pour des motifs de bon ordre. Entre le pasteur et le laïc, il existe une différence de fonction et non d'essence'. |
| Diversement vécu ou en débat dans le monde évangélique.Oecuménisme | L'Eglise catholique a d'abord condamné les efforts oecuméniques et interdit toute participation même passive. A partir du concile Vatican II, ces orientations ont changé. | Certaines Eglises évangéliques y sont favorables; beaucoup ne le sont pas, jugeant compromettant un dialogue avec des Eglises qui ne partagent pas leur confession de foi. |
Au plan mondial, la Commission mixte de dialogue entre l'Eglise catholique romaine et le Conseil méthodiste mondial date de 1996, son dernier rapport a été publié en 2001; un dialogue a également été engagé depuis 1972 entre Eglise catholique romaine et Pentecôtistes. Il a donné lieu à la création d'une commission officielle qui entend travailler "à la réalisation d'une compréhension et d'un respect mutuels". Un dialogue évangélique -catholique romain (ERCDOM) a aussi été poursuivi de 1977 à 1984 concernant la mission. Il existe encore un dialogue Baptistes - Catholiques au plan mondial. Il a donné lieu à un document en 1988 intitulé: "Appel à rendre témoignage au Christ dans le monde d'aujourd'hui". Citons enfin, les consultations internationales entre l'Alliance Evangélique Mondiale et l'Eglise catholique qui ont débuté en 1993.
En France, le dialogue entre Eglise catholique et Baptistes a donné lieu au document: "Rendre témoignage au Christ". Le comité mixte catholique-baptiste en France qui est à l'origine de ce document a été officialisé en 1986 après cinq années de rencontres et d'échanges.
Enfin, à côté de ces dialogues engagés au plan institutionnel, il existe des dialogues moins formels, tel celui qui a donné lieu aux déclarations "Evangéliques et catholiques côte à côte: La mission chrétienne au troisième millénaire" (19 janvier 1995), puis "Le Don du salut" (7 octobre 1997).
Si les points communs qui unissent catholiques et évangéliques sont essentiels, des différences évidentes n'en existent pas moins. Sont-elles une invitation au dialogue ou un obstacle irrémédiable à l'unité? Nous croyons qu'elles peuvent être une invitation à s'écouter, à chercher à se comprendre, à condition toutefois que l'unité soit bien entendue comme un don de Dieu d'une part, qu'elle ne soit confondue ni avec uniformité ni avec unanimité d'autre part. Les quatre évangiles expriment déjà cette unité dans la diversité et l'ensemble du Nouveau Testament traduit des ecclésiologies différentes.
Pour avancer dans cette unité qui nous précède et la mettre en oeuvre, il faudra aller outre les héritages historiques et culturels - faits souvent de souffrances et d'incompréhensions -, les représentations et regards reçus, les a priori que nous avons les uns sur les autres.